mercredi 11 juillet 2012

Quand le dinar raconte les réalisations de l’Algérie indépendante


C’est l’un des symboles, avec l’emblème et l’hymne nationaux, de la jeune république algérienne : le dinar. Il raconte, au détour de 50 ans d’indépendance, sa propre histoire, bien particulière, qui a accompagné le développement social et économique du pays.
La seconde ’’Indépendance’’ nationale est venue le 1er avril 1964 avec la promulgation de la loi portant création du dinar algérien. Et, du coup, l’Algérie sort définitivement de la ’’zone franc’’, en vigueur depuis 1848.
Les premiers billets algériens furent émis par la Banque d’Algérie dans la même année et ne seront retirés de la circulation qu’à la fin de 1998. Dès la mise en circulation du dinar, les Algériens se dépêchèrent alors pour échanger leurs francs contre des billets de 5 DA, de 10 DA, 50 DA et 100 DA.
La génération de l’époque se souvient de ces chaînes interminables qui se formaient devant les guichets de change. L’Algérie n’avait pas encore entamé sa reconstruction. Il fallait quand même trouver des images symbolisant l’Etat algérien pour les imprimer sur les nouveaux billets.
Les artistes de l’Hôtel des Monnaies font puiser dans le patrimoine national les images reflétant les potentialités naturelles du pays.
Les billets de 5 DA portaient ainsi l’image d’un vautour sur le recto et d’un élevage sur le verso, celui de 10 DA portait une cigogne et un minaret, le billet de 50 DA une gazelle des Hauts plateaux et des méharées de dromadaires, alors qu’un plan d’un quai avec des cargos amarrés, et un immeuble avec une vue sur mer ont été choisies pour le billet de 100 DA, rappelle une exposition organisée par la Banque d’Algérie du 7 et jusqu’au 22 juillet sur l’histoire du dinar algérien.
Quant aux premières pièces de monnaies, elles étaient au nombre de sept, décomposées en centimes jusqu’à la pièce de 1 DA, mise en circulation pour la première fois le 12 juillet 1965.
Ces pièces portaient toutes les armoiries de l’Etat algérien et pour les billets, la représentation en filigranes, de l’Emir Abdelkader, un symbole de l’Etat algérien moderne.
Un billet peint par Issiakhem devient un vrai chef d’oeuvre ...
L’édition 1970-1979 a quant à elle vu l’émission des plus beaux billets algériens dont celui de 5 DA, peint par le génie algérien de la peinture moderne, M’hamed Issiakhem.
’’C’était un vrai chef d’oeuvre qui a été primé dans plusieurs expositions internationales’’, ont déclaré à l’APS des cadres à l’Hôtel des monnaies, en marge de l’exposition.
Ce billet, d’une couleur bleu et ocre, portait un dessin d’un combattant du Hoggar avec son épée et son bouclier sur le recto et d’un fennec et d’un village dans le désert en arrière plan sur son verso.
Avec le billet de 5 DA, la même décennie a connu la mise en circulation de quatre autres coupures, qui eurent elles également leur histoire particulière pour les algériens : 10 DA, 50 DA, 100 DA, et 500 DA, des billets qui représentaient pèle même des fresques de la ville d’Alger, de la campagne algérienne, d’un barrage, du tapis algérien, de l’homme targui et d’animaux du patrimoine faunistique national.
La même période a en outre vu l’émission de cinq pièces de monnaies (de 5 centimes à 50 centimes).
C’est depuis les années 1970 que le dinar, décliné en billets ou en pièce de monnaie, a entamé le récit des grandes réalisations de l’Algérie indépendante : les révolutions industrielle, agraire et culturelle.
La pièce de 20 centimes de 1971-1972 comme le billet de 50 DA (1978), qui portait l’image d’un berger avec son troupeau de vaches et un fermier sur son tracteur, symbolisait la révolution agraire et la restructuration de l’agriculture algérienne, basée sur ’’la terre à celui qui la travaille’’ et la fin du métayage pratiqué par les colons.
Les grandes dates de l’Algérie immortalisées par la monnaie...
La révolution sociale introduite dans le monde agricole est racontée également par le billet (bleu) de 100 DA (1981) avec le dessin d’un fellah travaillant la terre.
Sur la pièce de 5 centimes (1970) apparaissait par ailleurs le logo du premier plan quadriennal d’équipement (1970-1973) comme témoin de la révolution industrielle.
Le même logo est maintenu pour les 5 centimes de 1974. La révolution culturelle a de son côté été à l’honneur dans les pièces de 50 centimes (1971) qui portaient l’image d’un livre et d’outils scolaires.
Les éditions 1980-1989 et 1990-1999 avaient respectivement donné la naissance des billets de 10 DA, 100 DA et de 200 DA et des pièces de 5 à 10 DA pour la première et des billets de 100 à 1000 DA pour la deuxième période.
Les pièces de 5 centimes de 1981 portaient la mention du plan quinquennal (1980-1984) et celles de 1985 du deuxième plan quinquennal (1985-1989).
Les dinars de 1982 et de 1987 mentionnaient respectivement le 20ème et le 25ème l’anniversaire de l’indépendance nationale avant que la pièce de 5 DA de 1985 ne perpétue le 30ème anniversaire de la guerre de libération.
La décennie 1990 a été marquée par l’émission de neuf pièces de monnaies (de ¼ DA à 100 DA), d’ailleurs toujours en circulation. Le billet de 2.000 DA, dernier né, émis en 2011 et le plus sécurisé de tous, avec des images d’un amphithéâtre, d’un groupe de chercheurs, d’un palmier et d’un olivier, d’un ensemble résidentiel et d’un plan d’eau, illustre l’avènement d’une Algérie mise sur les rails du développement tous azimuts, après un demi siècle de construction.
Pour perpétuer cette tradition prise dés le recouvrement de la souveraineté nationale de raconter l’histoire de l’Algérie besogneuse et affairée, une nouvelle pièce de 200 DA a été mise en circulation le jour du cinquantième anniversaire de l’indépendance nationale, dont elle porte le logo, pour que ce moment historique soit célébré au quotidien.
Par Sbaghdi Hana

50e anniversaire de l’indépendance : littérature algérienne au long cours


Si l’écrivain martyr Ahmed Réda Houhou revenait cette semaine ou cette année du cinquantenaire de l’indépendance nationale, nul doute qu’il aurait du grain à moudre sur l’état de la société algérienne en actualisant son "Hiwar maa himar El Hakim" (Dialogue avec l’âne du philosophe égyptien Tewfiq El Hakim, édité en 1953), mais également et probablement il reconsidérerait le titre de cette oeuvre en l’ajustant à "l’Ane d’Or" de son ancêtre Apulée qui a fondé et fécondé le roman universel.
Car il faut rendre à la Numidie-Algérie ce qui était censé appartenir à César et remettre toutes les pendules de l’histoire à l’heure en se réappropriant et en réordonnant les segments de son patrimoine culturel et civilisationnel.
Oui, le jeune Algérien est en droit de savoir que le premier romancier à l’échelle universelle est un enfant de son pays, l’encyclopédiste Lucius Apuléius Thésus dit Apulée, comme il doit apprendre également que celui qui a ouvert mondialement le chemin du registre autobiographique, avec "les Confessions", est son ancêtre Saint Augustin passé à la postérité comme sommité de la chrétienté.
Un peu plus de deux siècles après la disparition de Saint Augustin, l’Algérie intègre, à la faveur de la réception du message coranique, l’aire civilisationnelle arabo-musulmane.
Sa littérature, à l’image de sa culture, s’arrime à cet ensemble (Oumma) dont la partie maghrébine, tout en restant ouverte aux influences du Machrek et de l’Andalousie arabe, s’autonomisera progressivement à partir du 9e siècle avec la succession de grandes dynasties (hammadite, almoravide, abdalwadide) et l’éclosion de capitales intellectuelles régionales florissantes comme Bejaia, Tlemcen, Fès et Kairouan qui favoriseront le développement des connaissances et l’émergence de penseurs et écrivains de grande lignée à l’image de Ibn Tofeil, Ibn Rachiq ou Abderrahmane Ibn Khaldoun.
Après la disparition de ce dernier, des spécialistes ont parlé du déclin intellectuel et littéraire du Maghreb en omettant de préciser que cette dépréciation a touché la production en langue classique et vu, en compensation, l’affirmation et l’essor de la littérature en arabe populaire (maghribi ou melhoun) portée par une noria de poètes ayant repris vaillamment le flambeau de la création tels Ben M’saib, Ben Sahla, Ben Triki, Ben Khlouf, Ben Guenoun, Si M’hand (en tamazigh).
La colonisation a liquidé une partie considérable de l’élite algérienne
Ces chantres, en sertissant leurs rubis poétiques dans des écrins musicaux, ont planté de manière pérenne leurs chapiteaux dans la mémoire collective, en Algérie comme à travers l’ensemble du Maghreb.
La guerre de conquête coloniale a eu "pour effet désastreux de liquider une partie considérable de l’élite algérienne" et ce qui restera de cette dernière enfantera une nouvelle intelligentsia militante croisant le fer pour faire échec à l’oeuvre de dépersonnalisation programmée par l’occupant, relevait le sociologue Mostefa Lacheraf, en ajoutant : les écrits musardant entre poésie politique et pamphlet étaient produits par des hommes qui se réclamaient avant tout d’un mouvement de réformisme religieux souvent éloigné de la littérature pour elle-même en tant qu’esthétique.
Cette optique artistique ne sera assumée qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale avec l’émergence d’auteurs d’expression française "entrés" en écriture comme d’autres entrent en religion. "Toutes les forces de création de nos écrivains mises au service de leurs frères opprimés, feront de la culture et des oeuvres qu’ils publieront autant d’armes de combat qui serviront à conquérir la liberté", soulignait Mohamed Dib en 1950, et cette profession de foi ciblait la mission première attendue de tout producteur ou acteur culturel algérien face au défi colonial : témoigner pour se libérer et contribuer à la libération des siens.
Les oeuvres de Feraoun, Kateb Yacine, Mameri, Dib, Djebar Assia, Haddad Malek, Bourboune et de tant d’autres, chantent encore dans les mémoires et balisent le champ de la littérature romanesque algérienne après le point de non retour du 8 mai 1945 et le round ultime de novembre 1954 annonciateur de la délivrance de l’imposture coloniale.
Avec la libération du pays se mettent en mouvement, à côté de pionniers amorçant une nouvelle phase d’écriture (Dib, Katebà), de jeunes écrivains qui, tels Rachid Boudjedra et Tahar Ouettar, décrètent que le combat se situe désormais à l’intérieur du corps social et de soi-même et que "le linge sale de la famille se lavera à ciel ouvert".
La littérature tamazight creuse également sans complexe ses sillons
Cette prise de parole incisive va s’exprimer sur un double clavier linguistique, en signant, notamment, l’émergence du roman en langue arabe à partir des années 1970.
Si la nouvelle en langue nationale s’offre en visibilité au début des années 1950 grâce à Réda Houhou avant d’être arpentée de manière graduellement soutenue dans les étapes suivantes par de nombreux auteurs en générations successives (Rekibi, Ounissi, Doudou, Mouni, Bellahcen, Sayah, Menour, Bouchefiret), c’est Abdelhamid Benhedouga, avec "le Vent du Sud" (1972), qui ouvre le bal du roman en arabe accompagné dans la foulée par Tahar Ouettar ("l’As", 1974) et Merzak Begtache ("Les Oiseaux en plein midi", 1975), jouant le rôle d’éclaireurs pour une génération aussi talentueuse que décomplexée, alignant des plumes comme Mohamed Sari, Amine Zaoui, Wacini Laaredj, Ahlam Mostghanemi, Djilali Khellas.
Ce dernier, ancien directeur des ex-éditions de l’Enal, estime que la littérature algérienne de langue arabe, en pleine ascension avec une nouvelle fournée d’écrivains guignant une place au soleil (Mefti, Foughali, Boutadjine, Benmansour Abdelwahab, Layachi, Salah Yasmina et Dik Zahra), "se hisse au niveau de la production littéraire du Machrek, voire de la production universelle moderne à laquelle elle emprunte largement sur le plan des formes et des techniques".
Ce qui parait sûr est que cette composante de la littérature algérienne d’expression arabe — une autre en tamazigh creuse également sans complexe ses sillons — a fait un grand pas pour tendre graduellement, sur le double plan thématique et esthétique, vers une homogénéisation par le haut avec sa consoeur de graphie française. Cette dernière, dont certains spécialistes avaient prédit un "tarissement inéluctable" (Abdelkébir Khatibi), continue à goudronner sa voie avec la mise sur orbite de nouveaux écrivains, continuateurs de leurs aînés disparus de mort naturelle ou violente (Feraoun, Haddad, Mameri, Djaout, Mimouni, Belamri, Aba, Dib, Kateb) mais dont les oeuvres écrites à hauteur d’hommes continueront à parler profondément à leurs semblables.
Ayant franchi pour une bonne partie d’entre eux le cadre national de la notoriété (Malika Mokaddem, Benmansour Latifa, Tengour, Kacimi, Allel Malika, Metref, Magani, Djemai, Benmalek, Bey Maissa, Mouleshoul dit Yasmina Khadra), ou surfant pour d’autres sur des opportunités littéraires (organisations de concours) pour franchir l’antichambre qui prépare les horizons de la reconnaissance (Hamoutène Leila, Daoud , Ayoub, Benachour), ces nouveaux passeurs d’humanité singulière, déployés sur le sol natal ou en terre de migration, racontent des espaces intérieurs et extérieurs qui vacillent, où êtres et sociétés télescopés par des idéologies semeuses de souffrances, de haine et de mort vivent dans un état de sismicité permanente et angoissante, sans se départir néanmoins d’un brin d’espoir chevillé au coeur.
Par Kamel Bendimerad
APS

lundi 9 juillet 2012

L'Entv répond à TV5 et France 3 de Sidi Fredj


«Celui qui enseigne le bien aux autres, sans le faire, est semblable à l'aveugle qui porterait une lanterne.» Proverbe algérien
La Télévision algérienne, qui est restée silencieuse depuis quelques mois, a décidé de répondre à l'offensive audiovisuelle française, en débutant son programme du Cinquantenaire à partir du port de Sidi Fredj, là où la douloureuse histoire entre l'Algérie et la France a véritablement commencé. Ainsi, au moment où France 3 a instrumentalisé Malek Bensmaïl pour quelques euros de plus afin de réaliser un documentaire à la gloire de la colonisation positive de la France et surtout dénoncer la violence du FLN et, au moment où la petite et pauvre chaîne TV5, qui ne peut donner que 2500 euros comme soutien à un documentaire et qui était en panne d'idées pour utiliser le talent de la création de quatre jeunes réalisateurs algériens afin de filmer pour «eux» mais pas pour «nous» un été à Alger, où la version cinéma d'auteur et web-doc du Cinquantenaire de la télévision francophone. Si France 3 a choisi le volet difficile de produire du documentaire historique et que TV5, de produire à petit budget des web doc, l'Entv a choisi de planter le décor aux portes de l'Histoire, ouvrant ainsi la première page de la résistance à la colonisation. La télévision publique a investi depuis lundi soir la côte algéroise, pour installer l'un des plus importants décors que la télévision algérienne ait réalisé depuis l'Indépendance. C'est à partir du port qu'un certain 14 juin débarqua l'armée française pour une colonisation qui a duré plus de 130 ans. L'émission qui sera diffusée le soir du 5 juillet, s'intitule L'Algérie résistante. Animée par la présentatrice vedette de la chaîne A3 Fouzia Bouzbek, elle évoquera avec des historiens de renom, dont le plus célèbre reste Babaci, l'histoire du débarquement de l'armée française dans notre pays. Les intervenants vont expliquer surtout en détail, ce qui a procédé de ce débarquement: le contexte historique, et surtout économique difficile des Français (un peu comme aujourd'hui avec la crise) et ce qui en a résulté, le fameux coup de l'éventail donné par le Dey Hussein au consul français Pierre Deval. Les intervenants parleront également de l'importance de la mobilisation de quelque 37.000 soldats français répartis dans 675 bâtiments affrétés par l'entreprise Seillière et de la bataille violente de Staouéli qui a obligé les janissaires turcs à solliciter le soutien des premiers travailleurs de la capitale venus de Kabylie et de la vallée du Mzab. C'est visiblement la barbarie du colonisateur et la violence de son entrée dans l'histoire de l'Algérie que l'Entv a choisi de mettre en valeur dans ses programmes, au lieu des témoignages des pieds noirs partis les mains devant et les mains derrière, que France 3 voulait mettre en évidence pour célébrer les 50 ans de la fin de la Guerre d'Algérie. Entre la victimisation des Français et la gloire des martyrs des Algériens, l'Histoire a choisi de s'arrêter pour regarder l'avenir et dire: que réserve le passé au futur?
Amira SOLTANE
L'expression

dimanche 8 juillet 2012

Cinquantenaire de l'Indépendance L'Algérie célébrée aux week-ends du monde


Le cinquantenaire de l'Indépendance de l'Algérie sera célébré au Québec. L'organisme Festi-Tam, animé par des Algériens et des Québécois, organise, aujourd'hui samedi au parc Jean-Drapeau, une journée d'activités, sous le slogan générique Québec-Algérie, pour souligner la fête du 5 Juillet, date du recouvrement de l'indépendance du pays. Festi-Tam prévoit ainsi une soirée de spectacles avec une pléiade d'artistes algériens. Parmi eux, on peut citer le groupe Labess qui vient d'éditer un opus, cheb Fayçal, le ballet Maghreb, Djamel Lahlou, Myriem Saci, etc.
Le programme durera de 12h à 22 h sur l'île artificielle. Pour sa part, le Centre culturel algérien (CCA) a tenu également à marquer cette date phare de l'histoire de l'Algérie, en organisant aujourd'hui des festivités au quartier Saint-Michel.
Par ailleurs, le consulat général d'Algérie à Montréal a organisé une cérémonie de recueillement avec dépôt d'une gerbe de fleurs ; la cérémonie a été suivie de la levée des couleurs nationales, mercredi à 19h (minuit, heure algérienne). Auparavant, le Dr Ahmed Bensaâda a donné une conférence dans laquelle il est revenu sur la chronologie de la colonisation française depuis le “coup de l'éventail”.
Rappelons que le programme du consulat concocté à cet effet s'étale sur le restant de l'année 2012. Enfin, l'ambassade d'Algérie à Ottawa compte organiser une cérémonie officielle, le 8 juillet, pour honorer la mémoire des martyrs de la guerre de Libération nationale.
Une cérémonie qui vient clôturer une semaine d'activités culturelles marquant le cinquantenaire de l'Indépendance.

Y. A

Mouvement national : L'apport de l'immigration mis en exergue


L'historien Jean-Luc Einaudi a souligné l'apport «incontestable» de l'immigration algérienne au Mouvement national, regrettant que des exécutions capitales en France de combattants algériens condamnés à mort et le regroupement d'autres dans des centres d'internement soient à ce jour «ignorés» et «dissimulés» par les autorités françaises.
«Le rôle de l'immigration algérienne a été essentiel en France à partir même des années 20 du siècle dernier durant lesquelles on a assisté au développement d'un mouvement contre la domination coloniale», a indiqué M. Einaudi lors d'une conférence-débat animée au consulat d'Algérie à Bobigny, à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance nationale.
Pour l'historien, il est impossible de comprendre la Révolution nationale algérienne «si on n'a pas en tête ce qui s'est passé à cette époque-là». «Souvent, c'est méconnu, tout particulièrement par les Français», a-t-il dit, citant les moments cruciaux qui ont vu naître, dès 1924 à Paris, le mouvement nationaliste de l'Emir Khaled, petit-fils de l'Emir Abdelkader, la création, en 1926, de l'Etoile nord-africaine par Messali Hadj (secrétaire général) et Hadj Ali Abdelkader (président), et la naissance, en mars 1937 à Nanterre, du Parti du peuple algérien (PPA), après la dissolution en janvier de la même année de l'Etoile nord-africaine.
Il évoquera, par la suite, le cheminement du combat du PPA, après les massacres du 8 mai 1945, sous l'appellation du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (Mtld) qui se voulait une «couverture légale» du PPA, pour notamment participer aux élections locales, et la venue en France de l'OS (Organisation secrète) pour prendre la direction de la Fédération de France du Mtld, confiée à feu Mohamed Boudiaf, rejoint par la suite par Didouche Mourad.
«C'est ce même Boudiaf qui partira, en mars 1954 de Paris, pour fonder en Algérie le Comité révolutionnaire pour l'unité et l'action (Crua), mettant fin à la scission au sein du PPA-Mtld, l'été 1953, et prenant la responsabilité d'engager l'action armée en novembre 1954», a précisé l'auteur de «Scènes de la guerre d'Algérie en France : Automne 1961». En plus de l'action armée, portée pour la première fois en terre ennemi dès août 1958 avec les incendies des raffineries de Mourepiane (Marseille), il évoquera l'apport logistique de l'immigration algérienne en France à la Révolution algérienne, affirmant que les cotisations des travailleurs immigrés étaient la «principale source de financement du Gpra (Gouvernement provisoire de la République algérienne)».
L'historien mentionnera, à cette occasion, les actions de «représailles» dont ont fait l'objet les Algériens à l'époque de la guerre de Libération nationale, signalant notamment la torture qui, a-t-il affirmé, était utilisée «massivement en Algérie, mais aussi en France». «Les premiers cas que je connais remontent à 1957. La torture a été beaucoup employée par la DST, mais pas seulement», a-t-il dit, signalant la mise en place, dès 1959, de camps d'internement où des milliers d'Algériens de l'immigration seront parqués. Selon l'historien, rares sont en France qui savent qu'il a y eu des camps d'internement dans la région du Larzac (Sud) et à Saint-Maurice L'Ardoise (Gard). «Ce sont des prisons qui sont devenues des lieux d'éducation politique, de lutte aussi avec des grèves de la faim», a-t-il ajouté, faisant, par ailleurs, part de nombreux assassinats, de disparus parmi les militants et cadres du FLN. Affirmant s'exprimer en tant que citoyen français, M. Einaudi a tenu aussi à livrer son témoignage d'historien sur quelque chose qui lui tenait «à cœur» : l'exécution de combattants algériens condamnés à mort. «En tant que citoyen français, je dois dire que je n'ai jamais accepté, je n'accepte pas et je n'accepterai jamais qu'on ait fait et qu'on continue à faire de François Mitterrand (alors ministre de la justice) la grande figure de la gauche française», a-t-il martelé. L'historien a rappelé que, parmi les nombreux condamnés à mort guillotinés sur ordre de Mitterrand, il y a avait des «prisonniers de guerre auxquels l'Etat français refusait le titre les considérant - puisqu'il n'y a avait pas de guerre selon la terminologie coloniale- comme des hors-la-loi». «Les exécutions capitales ont eu aussi lieu en France et ont ciblé des combattants de la Fédération du FLN. Elles ont pour théâtre les prisons de la Santé, de Montluc à Lyon, de Dijon et, peut-être, d'autres lieux», a-t-il indiqué, signalant que cela est «absolument ignoré, dissimulé». L'historien a enfin rendu hommage à la contribution de l'immigration algérienne au mouvement national en rappelant sa participation à la manifestation, réprimée dans le sang, du 17 octobre 1961 à Paris, pour braver le couvre-feu discriminatoire imposé quelques jours auparavant par le préfet de police Maurice Papon, aux Algériens.
N. B. 

50ème anniversaire de l'indépendance : La Belgique, un jour, algérienne

Comme pour se rappeler sa proximité, hier, avec le combat libérateur de l'Algérie, la Belgique a tenu à marquer son amitié et sa solidarité à l'Algérie libre d'aujourd'hui. 

La Belgique a autant, peut-être mieux que la France,marqué sa participation à la commémoration du 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. Les manifestations ont eu lieu à deux niveaux : celui réalisé par des associations civiles algériennes, ou belgo-algériennes et celui manifesté par les autorités ou officiels belges. De nombreuses activités, dont nous avons rendu compte dans nos éditions des mois de mars à juillet, ont été l'oeuvre de bénévoles algériens, soutenus à l'occasion par les autorités belges et celles de notre mission diplomatique et consulaire.    Des films historiques ou de témoignages, des expositions, des conférences données par des Algériens et Belges, des soirées musicales, etc. ont « parcouru » le pays depuis le mois de janvier. Il faut relever la mobilisation de la gent féminine algérienne, de loin plus importante que celle des hommes dans l'organisation des événements. 

Côté officiel, les premiers responsables des grandes villes belges ont invité, à la veille du 5 juillet, à des réceptions « d'amitié et de solidarité » le corps diplomatique algérien conduit par l'ambassadeur et le consul algériens. Ainsi, les villes de Bruxelles-Capitale, Liège et Gand ont reçu les diplomates algériens pour leur souhaiter « un bon anniversaire » et leur renouveler leur solidarité. Par ailleurs, l'Association internationale soufie Alawiya (AISA), en collaboration avec les autorités algériennes et des associations belgo-algériennes ont eu l'ingénieuse idée de tenir du 25 au 28 juin au Parlement européen et du 29 juin au 1er juillet à l'hôtel de ville de Bruxelles une exposition sur l'Emir Abdelkader, fondateur de l'Etat moderne algérien. 

ABDELKADER LE GRAND 

Sous le slogan « L'Emir Abdelkader : un homme, un destin, un message », l'exposition a permis de lever toute équivoque sur la prétendue idée que l'Algérie moderne est une création de la France. 

Le combat de l'Emir durant 17 ans contre les troupes françaises, sa stratégie de structuration des institutions de l'Etat algérien et sa négociation avec les maréchaux français pour éviter le massacre des populations par la France coloniale sont mis en évidence à travers des « pendentifs », sorte de toiles écrites dans le hall central du Parlement européen. 

A l'hôtel de ville de Bruxelles, en plus de l'exposition, la Commissaire générale de l'exposition, Mme G. Simone-Khedis, a invité le cheikh Khaled Bentounes de l'association « Fraternité soufie Alawiya » et président d'honneur de l'association «les Amis de l'Islam» pour une conférence sur la Tariqa Alawiya et le soufisme.        C'est que l'Emir, au-delà de ses qualités de guerrier et homme d'Etat, a versé dans le soufisme, particulièrement lors de son exil à Damas, où il a eu à mettre sous sa protection des milliers de chrétiens, menacés par des intégristes de tous bords. A propos de la sagesse de l'Emir, cheikh Bentounes affirme « qu'il - l'Emir - espérait que l'Orient et l'Occident auraient un destin qui les pousserait à construire un avenir ensemble. En cela, son message reste d'une actualité brûlante, un défi pour le XXIème siècle. » Ce rêve d'un Orient et un Occident réconciliés de l'Emir Abdelkader a été celui d'un seul autre grand homme de l'histoire sur la rive nord de la Méditerranée : le Macédonien Alexandre le Grand ( 4ème siècle Av. JC). C'est dire que ces grands personnages à la fois guerriers et humanistes ne se manifestent qu'une seule fois entre plusieurs siècles. En accueillant l'exposition, le Parlement européen et la Belgique ont rendu hommage à l'Algérie combattante, historique. 

GEORGES LAPERCHES, MARTYR DE L'ALGERIE 

Cette Belgique qui a été un maillon central dans la mise sur pied du « Front du Nord » durant la guerre de libération. Des centaines de Belges ont accueilli, protégé, caché, transporté et fourni de faux papiers aux moudjahidine. Certains y ont laissé leur vie. Et c'est à travers l'exemple héroïque de l'un d'entre eux, Georges Laperches, que la ville de Liège a rendu hommage à tous les martyrs belges pour une Algérie libre. Né en 1912, il était fils unique et agrégé d'histoire de l'université de Liège. Il a été assassiné par la « Main rouge » (organisation terroriste française activant dès les années 50 en Algérie, puis en Europe. Elle est l'ancêtre de l'OAS) parce qu'il a caché un jeune étudiant algérien, Rachid Krim, ami de son propre fils, Jean Pierre. Grâce à l'association Les Amitiés belgo-algériennes (LABA), présidée par Mme Ghezala Cherifi, et au conseiller communal Hassan Boussetta, Belge d'origine marocaine, la ville de Liège a rendu un hommage appuyé, plein d'émotion et de souvenirs au martyr Georges Laperches. Sa famille, enfants, petits-enfants et femmes de la famille Laperches étaient présents à la cérémonie.           D'ailleurs elle cherche encore aujourd'hui Krim Rachid qu'elle croit toujours en vie et vivrait du côté de Annaba. Mme Ghezala Cherifi a lu un message de reconnaissance de l'Algérie indépendante aux Belges d'hier et d'aujourd'hui. Le sénateur et bourgmestre (maire) de la ville de Liège a rappelé le combat des Belges pour la juste cause des Algériens en guerre. La réception qui a suivi a permis aux nombreux présents, élus, hauts responsables et amis maghrébins de l'Algérie de s'entretenir avec les responsables algériens, consul général en tête, sur l'actualité de l'Algérie, ses ambitions et son avenir. En fin de compte, la communauté algérienne a vécu, tout au long de cette année, au souvenir de l'Algérie combattante, ses questionnements sur le présent et ses aspirations pour l'avenir. La Belgique a été, quelque part, algérienne à l'occasion de ce cinquantenaire algérien. 

Le Quotidien d'Oran

samedi 7 juillet 2012

50e anniversaire de l’indépendance : Tahya el Djazaïr Juillet 1962, l’Algérie arrache son indépendance. Le 5 juillet couronne une victoire sur les plans politique et militaire. Une victoire menée avec courage et détermination dans les villes comme dans les campagnes.


Juillet 1962, l’Algérie arrache son indépendance. Le 5 juillet couronne une victoire sur les plans politique  et militaire. Une victoire menée avec courage et détermination dans les villes comme dans les campagnes. Une cause d’un peuple qui a vaincu la peur, la fatalité et s’est levé dans la souffrance pour porter, sur les tribunes internationales, la guerre de Libération nationale déclenchée en cette seconde moitié du 20e siècle. Un soulèvement émancipateur qui aura des conséquences, que l’histoire dans ses cheminements imprévisibles révèlera aux humains plus tard… quand ils prendront le temps d’évaluer, d’analyser et de saisir, après coup, les mutations et changements apportés sur les plans régional et continental. Les télévisions du monde entier, les photographes ont immortalisé le drapeau vert et blanc, frappé de l'étoile et du croissant rouge brandi par des milliers d’Algériens ivres, enfin, de bonheur en ce juillet 1962. Les rues des villes et villages deviennent nos pages où s’écrit l’histoire en direct. Du fond des vallées comme sur les sommets des montagnes, dans les ruelles des casbahs ou les boulevards, sur les terrasses ou à partir des balcons… un seul cri !
Écoutez ce «Tahya el Djazaïr», cri éternel, cri de ralliement, hier déchirant la nuit dans les couloirs de la mort, dans les geôles, dans les maquis et villages. Il est l’ultime cri qui accompagne la dépouille du martyr… un youyou de nos mères à nul autre pareil. Existe-t-il sur terre un Algérien insensible, sourd à ces cris ? En 1830, une France belliqueuse, coloniale embarque sur des navires, traverse la Méditerranée,  déverse une horde qui inscrira au frontispice des grands crimes des XIXe et XXe siècles, les méfaits que même l’usure du temps n’a pas atténués. Des tribus entières ont été emmurées, enfumées, des villages rasés, des régions décimées, une population lettrée, grâce à un dense maillage d’écoles coraniques, est renvoyée dans le Moyen âge. Bugeaud, Saint Arnaud, Pélissier… sont les tristes héros de ces crimes à  grande échelle commis à l’aube du colonialisme, de même que, plus tard, Massu, Aussaresses et tant d’autres restent devant l’Eternel des criminels de guerre pour les innombrables exécutions sommaires, tortures commises par des «équipes de tueurs professionnels» au service d’une république indigne au crépuscule de ce même colonialisme. Une république frappée d’amnésie incapable de se souvenir de la moindre ligne écrite dans la passion et la fureur par d’illustres citoyens de la Révolution française, de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou des conventions internationales, et qui aurait pu interpeller sa conscience. Une administration complice, coupable, scribes zélés, prompts à trouver les formules juridiques et les tournures de phrases pour faire disparaître des rapports, le feu du napalm dans l’arrière-pays et l’atroce répression dans les villes ne gardant que l’expression d’une simple administration dans un département relevant de affaires internes de la France.
Le tiers de la population algérienne sera anéanti, exterminé pour les besoins d’une colonisation de peuplement durant la seconde moitié du XIXe siècle. Deux millions, sur une population de huit millions, seront arrachés à leur terre, jetés dans des ghettos, parqués dans des centres de regroupement un siècle plus tard. Le canon et le fusil du début vont être méthodiquement «perfectionnés» pour les rendre plus meurtriers, jusqu’à l’utilisation du napalm dans cette seconde moitié du XXe siècle sous le silence encourageant, consentant d’une administration encore plus coupable et également agissante par son recours à la guillotine. Une force destructrice, d’une telle violence, d’une telle barbarie, s’est abattue sur l’Algérie, et l’Algérien martyr a souffert dans sa chair et son âme. Une nuit longue, de 132 ans. L’Algérie a-t-elle, pour autant, trouvé le sommeil du juste dans cette nuit ?
 Écoutez ces cris de douleur et de rage. Jamais le colon ne trouvera la paix sur ces terres volées qui ne l’ont pas vu naître, dont il n’est pas propriétaire. L’insurrection va, à chaque fois, ponctuer le discours «fermier» des militaires et des colons. Cette terre n’était pas une terra incognita, mais avait ses racines qui plongeaient loin dans le temps. Et quand l’armée pensait avoir «pacifié» la zone, sortait d’un coup, un nom, un étendard, une région ou une tribu pour dénoncer la rapine en cours. «Une petite rébellion de temps en temps, c'est comme un orage qui purifie l'atmosphère.» L’émir Abdelkader, Lalla Fatma N’Soumer, El Mokrani, Bouamama. C’est une nuit sans sommeil, sans repos, sans paix et sans bonheur... mais avec courage. « Il n'est point de bonheur sans liberté ni de liberté sans courage », tranche un stratège du nom de Périclès, il y a 25 siècles, à Athènes.
 « Il faut avoir beaucoup erré dans l’Ombre pour toucher la Lumière… ». Le vingtième siècle sera celui du combat, de l’éveil à la nation, et le glas va sonner sur les rêves d’empire napoléonien, que le XIXe siècle a transplanté en Algérie. Plusieurs  leaders algériens sortent des rangs, se singularisent de la masse et revendiquent à la France le droit à l'égalité ou à l’indépendance.
L'émir Khaled, Messali Hadj, Ibn Badis, Ferhat Abbas... Un bouillonnement et foisonnement d’idées qui vont mûrir en s’entrechoquant tant les méthodes divergeaient. Bientôt les partis politiques vont apporter, sous une apparente rivalité, un nouveau souffle que le centenaire de la colonisation, en 1930, n’arrive pas à faire taire : les mouvements réformistes, mouvement pour l'égalité, Association des oulémas musulmans algériens, Parti du peuple algérien, Amis du Manifeste des Libertés, Parti communiste algérien... Même les échecs et limites dans la vision, même les oppositions entre eux ne vont, en fait, que mieux les préparer pour un seul rendez-vous. Les échecs passés ne font que préparer à une rencontre inscrite même dans les gènes de l’histoire. « Pour les questions de style, nage avec le courant ; sur les questions de principe, sois solide comme un roc.» Et ce roc va faire parler de lui en novembre 1954.
 Nos aînés nous ont restitué un pays qui, par sa superficie, est le plus grand pays du continent africain, du monde arabe, et du pourtour méditerranéen... Hier, on a écrit notre histoire dans l’adversité ; aujourd’hui, notre histoire s’écrit avec le savoir dans les universités, avec la démocratie dans les partis, avec la république dans les institutions de l’État et, surtout, avec le potentiel de la jeunesse... seule réserve inépuisable du renouveau.
 El Moudjahid