dimanche 23 septembre 2012

Le GPRA a joué un rôle diplomatique "efficace" pour faire écho à la révolution à l’étranger (conférence)


 
Les participants à une rencontre organisée par l’Association Mechaal Echahid ont affirmé, samedi à Alger, que le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) avait joué un rôle diplomatique "efficace" pour faire écho à la révolution nationale à l’étranger et bénéficier de la solidarité et du soutien de l’opinion publique internationale.
Lors de la rencontre organisée au forum du quotidien "El Moudjahid", à l’occasion du 50e anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale, les participants ont rappelé le rôle pionnier joué par le GPRA pour la formation de diplomates chevronnés, en dépit de l’absence d’écoles de formation spécialisées dans ce domaine à l’époque.
Depuis sa création le 19 septembre 1958, le GPRA a oeuvré à faire écho à la révolution nationale, à travers la participation de plusieurs de ses membres à des conférences internationales, notamment sur le double plan africain et arabe et des visites effectuées à des pays frères et sympathisants de la révolution algérienne, ont-ils indiqué.
Lors de cette rencontre organisée également en hommage au défunt Abdelhamid Mehri, le moudjahid Ben Kobi Salah a affirmé que la création du GPRA était un impératif "pour le renforcement du rôle diplomatique, en vue de faire connaitre la cause algérienne notamment dans les fora internationaux".
Par ailleurs, M. Ben Kobbi a rappelé les principaux motifs de création du GPRA, dont "l’obligation pour la France de reconnaître la souveraineté de l’Algérie indépendante" et "la sensibilisation de l’opinion publique internationale quant à la nécessité de reconnaître la cause algérienne".
Le GPRA avait participé aux conférences d’Accra (Ghana) en décembre 1958, de Monroville (Libéria) en août 1959, de Tunis en janvier 1960 et de Casablanca (Maroc) en 1961.
Grâce au rôle joué par ce gouvernement provisoire connu pour sa "complémentarité" en termes de portefeuilles ministériels, "la cause algérienne a arraché plusieurs victoires notamment concernant l’élargissement du champ des pays soutenant la Révolution algérienne et le droit des Algériens à la liberté et à l’indépendance", a indiqué M. Ben Kobbi.
De son coté, M. Lamine Khan, ancien membre du GPRA, a passé en revue le parcours de ce gouvernement dont la nécessité de sa création avait fait, a-t-il souligné, l’objet d’un accord au sein du Parti du peuple (PP) avant le déclenchement de la glorieuse révolution.
Ce gouvernement "est placé en cinquième position parmi les 10 principales étapes qu’a connues la Guerre de libération dont la Déclaration du 1er novembre 1954, l’offensive du nord-Constantinois (20 août 1955), la grève des étudiants (19 mai 1956) et le congrès de la Soummam (20 août 1956)", a-t-il ajouté. Il a également rappelé le rôle important du défunt Abdelhamid Mehri dans la création du GPRA en gagnant le soutien des pays arabes dont l’Egypte, la Tunisie et le Maroc.
M. Khan n’a pas manqué de rappeler le "lourd" tribut payé par le peuple algérien pour le recouvrement de sa liberté et de son indépendance soulignant l’impérative écriture de l’histoire de la Glorieuse guerre de libération.
La famille de feu Abdelhamid Mehri a été honorée à cette occasion par le quotidien El Moudjahid.
APS

Regard. 50ans de cinéma en Algérie : travelling 62-12


Rares sont les cinématographies à n’avoir quasiment exploré qu’un genre, en l’occurrence celui de la chronique sociale, quand, sous d’autres latitudes, le 7e Art a élargi sa palette du réalisme documentaire au film d’aventures, en passant par le mélodrame, la comédie, la fresque historique, le western, le péplum, le thriller et autres…

De fait, sur quelque 220 longs-métrages de fiction qui ont vu le jour depuis 1964, hormis quelques rares incursions dans l’humour (Hassan Terro, Les vacances de l’inspecteur Tahar, Les folles années du twist…) ou une fresque récompensée par la Palme d’or de Cannes en 1975 (Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar-Hamina), c’est plutôt la vision sociétale qui a caractérisé la production. La raison principale est à rechercher du côté de l’Histoire où le colonialisme a débouché sur une guerre de libération et, l’indépendance, sur un parti unique aux accents socialisants. S’y ajoute le fait que l’Algérie des images est née dans les maquis, faisant du cinéma algérien un cinéma de combat où l’objectif de la caméra épouse la forme du fusil (affiche emblématique de la Cinémathèque Algérienne des années ‘70).
C’est en 1957 qu’un certain René Vautier, farouche anticolonialiste, propose aux dirigeants de la révolution algérienne de se doter d’un instrument audiovisuel pour appuyer auprès des instances internationales la revendication d’indépendance. L’image se fait propagande pour populariser et internationaliser la cause. Cinq années durant, des images seront gravées au gré des incursions dans les maquis et parmi les populations algériennes réfugiées en Tunisie. Djamel Chanderli, Pierre Clément, Mohamed Lakhdar-Hamina et Ahmed Rachedi sont les pionniers d’un cinéma national purement documentaire. Algérie en flammes, Les fusils de la liberté, Djazaïrouna, Yasmina, La voix du peuple en sont les réalisations les plus marquantes. Et c’est un français «frère d’armes», Jacques Charby, qui signera le premier long-métrage algérien de fiction, Une si jeune paix (1964), sous les auspices du Centre National du Cinéma dont l’Algérie vient de se doter.
Mais, contrairement à une idée reçue, le cinéma algérien n’a guère produit un nombre considérable d’œuvres sur la lutte de libération.
Si La Bataille d’Alger, coproduction algéro-italienne de Gillo Pontecorvo, modèle de fiction documentée, se voit décerner le Lion d’Or de Venise en 1966, les années ‘60 marquent l’émergence d’un cinéaste doué pour l’image, Mohamed Lakhdar-Hamina. Le vent des Aurès, son premier long-métrage en noir et blanc rappelant les maîtres soviétiques des années ‘30, obtient le prix de la première œuvre à Cannes en 1967 et le grand prix de l’Union des écrivains de l’URSS au festival de Moscou. Son approche de la guerre d’Algérie est plus humaniste que politique, comme le prouveront ses films suivants : Hassan Terro  (1968), Décembre (1971), Chronique des années de braise (1975) ou La dernière image  (1986). «Je suis contre le cinéma à message, confirmera-t-il, je ne crois pas à cette forme de prophétie…»
Ce que confirmera la Palme d’or décernée à Chronique des années de braise. Parmi les films sur la guerre, on peut mentionner l’adaptation du roman de Mouloud Mammeri, L’opium et le bâton (1969), par Ahmed Rachedi et La nuit a peur du soleil (1965) où Mustapha Badie dénonce les prémices du détournement de la révolution.
Avec les années ’70 naissent «les tâches d’édification nationale», dont la révolution agraire, particulièrement soutenue par une nouvelle génération de cinéastes. La lutte de libération nationale a vu la participation massive des populations paysannes, dépossédées de leurs terres (Les spoliateurs et Les déracinés de Lamine Merbah). Deux films ressortent de la vague sur le monde paysan, Noua d’Abdelaziz Tolbi et Le charbonnier  de Mohamed Bouamari, qui tranchent par ce qu’on pourrait qualifier d’«esthétique de la faim», proche du «novo cinema» brésilien. Dans leur sillage, sortent La corde d’El Hachemi Cherif et Près du Saf-Saf de Moussa Haddad.
Mais le film événement de ce début 70 est incontestablement Tahia Ya Didou ! (Alger insolite !) film-testament de son auteur trop tôt disparu, le comédien Mohamed Zinet. A la fois documentaire et fiction, récit et poème, drame et comédie burlesque, cette œuvre inclassable constitue une leçon sur l’art et la manière de détourner un film de commande (la mairie d’Alger souhaitait un documentaire touristique). Zinet a su en faire une œuvre qui convoque le présent d’une Algérie indépendante et le passé de la guerre. L’émotion culmine dans une scène passée à la postérité : le personnage, ancien nationaliste torturé, fixe avec intensité un touriste français qui s’avère être son ancien tortionnaire.
Troublé, ce dernier fait un malaise tandis que Zinet se dresse et déploie sa canne d’aveugle…
Fils spirituel de Zinet, Merzak Allouache s’affirme, en 1976, avec son premier long-métrage, Omar Gatlato, qui rompt avec un cinéma plutôt laudateur d’un héroïsme guerrier. En mettant en scène un jeune citadin lambda, employé au service des fraudes, ce film fait brutalement surgir un quotidien sur lequel ont poussé la difficulté de vivre et la frustration. Succession de saynètes où la vacuité d’une vie s’exprime d’autant mieux que l’humour est présent, Omar Gatlato rappelle par endroits les comédies italiennes. Avec Le Repenti, sélectionné à la dernière Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, Allouache a signé aussi Normal (2011) sur les affres de la création en Algérie, Bab El Oued City (1993), regard pertinent sur l’islamisme, L’autre monde (2004) ou Salut Cousin (1997) se déroulant dans l’émigration.
Mentionnons le succès public, sans précédent pour un cinéaste algérien, de Chouchou (2003), drainant 4 millions de spectateurs en France.  Autre cinéaste marquant de la période, Farouk Beloufa n’a réalisé qu’une œuvre de fiction, Nahla (1978). Mais quelle œuvre ! Il est entré dans l’histoire du cinéma algérien pour avoir été le seul à connaître la censure directe avec un film d’archives (Libération, 1973) entièrement remonté par le service audiovisuel du ministère de l’Information pour non-conformité avec l’histoire officielle. Produit par la télévision algérienne, Nahla  se distingue nettement par sa longueur (3 h), sa densité et sa dramaturgie, par son arrière-plan, la guerre civile au Liban, par son thème central qui met en scène trois femmes arabes. Il demeure à ce jour l’un des plus beaux films arabes consacrés à la femme, et Beloufa y témoigne d’un talent proche de son modèle, Youssef Chahine.
Au début des années ’80, émergent deux cinéastes :
Brahim Tsaki, poète de l’image, manifeste une rare sensibilité avec Les enfants du vent (1981) et Histoire d’une rencontre, Grand Prix au festival de Ouagadougou en 1983. Dans ses films, l’économie des dialogues, la fluidité de la mise en scène et la dramaturgie sont les marques d’un authentique auteur. Plus tard, avec Les enfants du néon, il aborde le thème de l’émigration. Malheureusement voué au silence lui aussi, un seul de ses nombreux scénarii verra le jour, Ayrouwen (2007), tourné en targui. L’autre cinéaste est l’ancien comédien Mohamed Chouikh qui passe à la mise en scène avec succès. Sans concession sur les dérives mafieuses (Youssef ou la légende des sept dormants), il marque son ferme engagement pour l’émancipation féminine avec La Citadelle, l’une de ses brillantes réussites.
Dans L’arche du désert, il explore des chemins peu empruntés par la cinématographie algérienne, ceux du langage et de l’esthétique, évoquant la tragédie intégriste à travers l’allégorie. Le début des années 90 constitue une période charnière et terrible pour l’Algérie sous les coups d’un islamisme politique vindicatif et sanguinaire qui n’a pas épargné le monde de la culture dont de nombreux représentants ont payé le prix de leur vie. Le cinéma algérien va connaître une période de recul, puisque la fraîche conversion à l’économie de marché (1989) va dissoudre les organismes publics de cinéma qui permettaient jusque-là une certaine production. Dès lors, chaque film réalisé devient un miracle individuel dépendant de la ténacité du cinéaste.  
Ces années sont marquées par la naissance du cinéma amazigh, l’Algérie ayant attendu plus de trois décennies pour cela. Cette vieille revendication identitaire prend forme avec trois films : La colline oubliée d’Abderrahmane Bouguermouh, d’après le roman éponyme de Mouloud Mammeri ; Machaho  de Brahim Hadjadj et La montagne de Baya  du regretté Azzedine Meddour. Situé dans le dernier quart du XIXe siècle, ce film est un lumineux hommage à la femme résistante et une page glorieuse de la lutte contre la colonisation. Autre élément novateur, l’émergence d’une génération de cinéastes femmes (seule la romancière Assia Djebar avait donné à la fin des années 70 Nouba des femmes du Mont Chenoua  et Les chants de la Zerda). Zaïna-Koudil (Les démons au féminin),
Yamina Bachir-Chouikh (Rachida) ou Djamila Sahroui (Barakat) choisissent de traiter par l’image la décennie noire.
De l’autre côté de la Méditerranée, Yamina Benguigui, fille d’émigrés algériens, se révèle avec la réussite documentaire de sa trilogie, Mémoires d’Immigrés. Tandis que la production en Algérie diminuait au plan quantitatif, les quinze dernières années ont vu l’essor d’un cinéma de la diaspora au sein de la seconde ou de la troisième génération. Citons Mehdi Charef, fondateur du cinéma des banlieues, avec Le thé au harem d’Archi Ahmed ; Boualem Guerdjou avec Vivre au paradis, évocation du 17 octobre 1961 à Paris ; Rachid Bouchareb, auteur de plusieurs longs-métrages dont Little Sénégal, London River, Indigènes et Hors la loi (ces deux derniers sélectionnés à Cannes) ou encore Djamel Bensalah avec Le ciel, les oiseaux et ta mère.
On peut y ajouter des producteurs comme Aïssa Djabri et Farid Lahouassa avec le succès colossal des trois épisodes de La vérité si je mens, qui ont eu aussi le mérite de permettre à Mustapha Djadjam de mettre en scène Frontières, l’un des rares films français sur l’immigration clandestine. Dans la décennie 2000, d’autres cinéastes algériens, installés en France, révèlent un talent remarqué : Nadir Moknèche avec Le Harem de Madame Osmane, Viva l’Aldjérie  et Délice Paloma qui a offert à Biyouna l’un de ses meilleurs rôles au cinéma. Lyès Salem avec Mascarades, primé un peu partout dans le monde, confirme son potentiel à embrasser le registre de l’humour. Auteur d’un long métrage, Adieu Gary, Nassim Amaouche a manifesté une réelle originalité dans la mise en scène. Tariq Taguia signe deux films d’une grande recherche esthétique, Rome mieux que vous et Inland. Quant à Amor Hakkar, il tourne son film, La maison jaune, en langue chaouia.
N’oublions pas Abdelkrim Bahloul avec Le thé à la menthe (1984). Il obtint le Tanit d’argent à Tunis en 2010 et le Prix du Public pour Un voyage à Alger, produit par Bachir Derrais, également réalisateur avec Dix millions de centimes et l’inédit Le commissaire Llob d’après des œuvres de Yasmina Khadra. Enfin, ce panorama serait incomplet sans signaler un documentariste au talent désormais confirmé, Malek Bensmail, dont chaque opus constitue une véritable leçon d’écriture et d’engagement visant à mettre en lumière et en discussion les grands enjeux de la société algérienne.
Ce bref regard sur cinquante ans de cinéma algérien ne prétend pas à l’exhaustivité. Il rend compte d’une cinématographie qui a eu ses heures de gloire et de reconnaissance. Mais, faute d’une politique volontariste depuis la dissolution des organismes d’état, elle connaît un certain recul sur la scène internationale, comparée aux vingt longs métrages par an produits au Maroc (plus que la Belgique ou la Russie !), grâce à un système d’aide étatique efficace. La Tunisie aussi se dote d’un Centre national qui aura pour tâche de doper la production (8 longs métrages prêts pour 2012), quand l’Algérie n’a produit pour le moment qu’une douzaine de films, célébration du cinquantième anniversaire oblige. Pour relancer le 7e Art en Algérie, il faudrait une sorte de Plan Marshall et doter le pays et ses 48 wilayas d’un parc de salles conséquent (un millier quand la France en compte cinq mille) et d’une législation à même de favoriser l’expression cinématographique.
Enfin, il faut rendre ici un vibrant hommage à la Cinémathèque algérienne qui a porté haut le flambeau de la création, se muant en creuset du dialogue socioculturel et nourrissant toute une génération de cinéastes peu renouvelée en l’absence d’institut de formation, même si des Yannis Koussim, Khaled Benaïssa, Sidi Boumediene ou Abdenour Zazah recèlent de fortes potentialités. Grâce soit rendue à tous les cinéastes algériens qui maintiennent contre vents et marées, malgré les vicissitudes de l’histoire et les disparitions (Zinet, Bouamari, Ahmed Lallem, Larbi Zekal, Azzedine Meddour et tant d’autres)… le désir de cinéma.
Mouloud Mimoun
EL WATAN

dimanche 22 juillet 2012

Exposition "50 années d’art algérien" au musée national des beaux-arts d’Alger


Dans le cadre de la célébration du 50ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le musée national des beaux-arts d’Alger abrite à partir de mercredi une exposition regroupant 125 oeuvres réalisées par des plasticiens algériens depuis 1962 à aujourd’hui, intitulée "50 années d’art algérien".
L’exposition qui se poursuit jusqu’au mois de septembre est un panorama des grandes étapes de l’histoire des arts plastiques algériens depuis l’indépendance du pays, représentée par des tableaux réalisés selon les différents genres et techniques de peinture : l’abstraction, la semi figuration, la figuration, la gravure, la miniature, l’enluminure et la calligraphie.
Les toiles exposées font partie des collections du musées. Un tour dans cette exposition éclectique, le visiteur croise des œuvres de grands noms des arts plastiques algériens, comme Aicha Haddad, Baya, Souhila Belbahar, Denis Martinez, Noureddine Chegrane, Mohamed Issiakhem, Mohamed Khadda, ainsi que d’autres moins connus.
L’exposition "50 années d’art algérien" est organisée sur deux niveaux. Le premier qui comporte des documents sur la vie artistique de l’après indépendance se veut une synthèse du travail de recherche que le musée mène sur l’histoire de l’art algérien, tandis que le second retrace les principales périodes de la peinture algérienne, a expliqué la directrice du musée, Mme Dalila Mohamed-Orfali, à la presse lors du vernissage.
Les étapes représentées par des œuvres sont la période de l’indépendance, la période Aouchem, les abstraits et semi abstraits, la peinture au féminin, les trois générations de l’école nationale des beaux-arts, les indépendants, la miniature, la calligraphie, la gravure, la sculpture et même la tapisserie d’art, a-t-elle ajouté.
APS

mercredi 18 juillet 2012

Hervé Bourges : « L’heure est venue de passer le témoin à la jeunesse algérienne »


Entretien exclusif avec un témoin privilégié de l’Indépendance
PAR FOUÂD HARIT

A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, Hervé Bourges, notamment ancien Président de France télévisions et ancien membre du cabinet d’Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante, répond à trois questions pour Afrik.com.
Hervé Bourges a été, entre autres, ancien Président de RFI, TF1, France 2, France 3, France Télévisions, du Conseil supérieur de l’Audiovisuel, actuel Président du Comité Permanent de la Diversité, a aussi été membre du cabinet d’Ahmed Ben Bella, premier président de l’Algérie indépendante.
Afrik.com : Voilà cinquante ans que l’Algérie est indépendante, quelle était le visage du pays en juillet 1962 ?
Hervé Bourges :
 Il est à rappeler qu’en 1962, l’Algérie accède à l’indépendance après 132 années de colonisation française. Le pays était donc marqué de multiples séquelles. D’autant plus qu’auparavant, le pays avait subi plusieurs dominations étrangères, notamment turque et arabe, et ce durant cinq siècles. Mais après sept ans de guerre, l’Algérie proclame son indépendance suite aux accords d’Evian. Le pays est marqué par la guerre, les actions de l’OAS (organisation armée secrète politico-militaire clandestine, ndlr) qui mettait à feu et à sang certaines villes du pays pour empêcher l’accession à l’indépendance et un FLN (Front de libération nationale - parti au pouvoir, ndlr) divisé. L’Algérie n’était pas unie et se trouvait dans une situation sociale, politique et humaine qui ne pouvait rien augurer de bon. Le premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, une des figures principales de la lutte pour l’indépendance, réussit à prendre le pouvoir et s’installe à Alger pour tenter de construire un Etat uni, un socialisme algérien, avant d’être renversé par son ministre de la Défense, Houari Boumediene. A la suite de la mort de Boumediene en 1978, il y a eu les années Chadli puis les années de plomb (la décennie noire, ndlr). Notez que l’Algérie a connu son printemps arabe en 1988 avec la fin du parti unique, la libération de la presse et l’émergence de la société civile. Un souffle démocratique traversait alors le pays jusqu’à la victoire du FIS...
Afrik.com : Depuis l’indépendance, on retrouve les mêmes acteurs dans le jeu politique. Selon vous, est-ce un succès ou un échec ?
Hervé Bourges :
 Il est certain que l’Algérie vit, encore aujourd’hui, avec des leaders qui ont lutté pour l’indépendance. Il y a eu six chefs d’Etats à la tête d’un pays qui a traversé des crises profondes, parfois sanglantes, mais effectivement uniquement des personnalités issues de la révolution. Abdelaziz Bouteflika est élu en 1999 et promet une réconciliation nationale. Mais aujourd’hui, qu’en est-il réellement de cette promesse ? A chacun sa vision. L’histoire montre bien qu’il y a une majorité d’Algériens jeunes qui n’a pas encore accès au pouvoir. Aujourd’hui, il est temps de céder la place à d’autres générations. Les dernières élections législatives n’ont certes pas amené les islamistes au pouvoir mais ont permis de rajeunir un parti usé par le pouvoir, le FLN. Il n’en demeure pas moins vrai qu’aujourd’hui la presse reste libre et que le pays joue un rôle majeur dans la lutte anti-terroriste en Afrique et dans le monde.
Afrik.com : Vous réalisez actuellement un film-documentaire à propos de ce demi-siècle, quels sont les leçons de cette histoire et les enjeux de l’avenir ?
Hervé Bourges :
 Notez que ce film, L’Algérie à l’épreuve du pouvoir, qui sortira fin septembre – début octobre sur France 5 et en prime time, raconte l’histoire des cinquante années d’indépendance, de 1962 à 2012, et non la guerre d’Algérie. J’essaie de réaliser un film historique et patrimonial sans porter de jugement et de laisser les acteurs, tous Algériens, parler et aussi se contredire s’il le faut. Les leçons à retenir ont été le renforcement de la démocratie, d’une société civile, les militaires sont là pour lutter contre les menaces extérieures, pour les libertés auxquelles aspirent la jeunesse et pour lutter contre la corruption. Les enjeux seraient d’arriver à plus de justice et à prendre en considération la jeunesse laissée pour compte ces dernières années. Il faut penser à la transmission du témoin entre la génération qui a vécu la guerre de l’indépendance et qui dirige toujours le pays et les suivantes. L’Algérie est aussi une nation qui a longtemps sacrifié sa jeunesse - les deux tiers de la population – sur l’autel de l’histoire. Quant aux relations franco-algériennes, on n’a pas le pouvoir de chasser le passé, on a le devoir de le connaître sans être dans le ressentiment, sans nier l’histoire. Je citerai le grand romancier algérien Malek Haddad : « l’Algérie quand on croit la connaître, il faut encore la découvrir, quand on l’a découverte il faut la réapprendre ».

vendredi 13 juillet 2012

L’ingéniosité d’un système défensif Alger, ville fortifiée


La cité, le port et le mole d'AlgerUne rue de la CasbahAlger au début de la Régence )XVIe siècle).La Grande Mosquée d'Alger construite à l'époque des Almoravides

Longtemps appelée «El Mahroussa» ou «La bien gardée», en raison d’un système défensif fort ingénieux, la Casbah d’Alger est ceinte d’un mur dont la vocation est plus défensive qu’esthétique. En effet, ses bâtisseurs, craignant les attaques ennemies, notamment, celles provenant de la mer ont entouré la cité d’une muraille qui a longtemps eu un effet dissuasif. Les bâtisseurs turcs ne sont pourtant pas les précurseurs de ce genre de constructions, les Grecs ou les Romains avant eux, ont construit des villes fortifiées pour parer aux incursions adverses. Se protéger et affirmer sa domination, telles sont, en effet, les motivations immuables présidant à l’érection d’une forteresse. Cependant, les populations antiques se caractérisant par un faible effectif et des moyens très limités, l’utilisation du terrain, et de ses ressources immédiatement disponibles, a été l’un des traits marquants des fortifications de l’époque.

Sur les ruines d’Icosium Lorsqu’il entreprend de fonder la ville d’El Djazaïr Beni Mezghenna sur les ruines d’Icosium, ancienne ville romaine, le choix de Bologhine, fils de Ziri Ben Menad, n’est pas du tout aléatoire. Outre la présence des îlots et le bon mouillage naturel, le prince envisage très vite la possibilité d’utiliser les pierres provenant de la ville antique, une ville dont il subsistait, par ailleurs, des rues et surtout un mur d’enceinte. La ville se construit alors rapidement et la muraille qui la ceinturait dans le passé est renforcée par endroits et reconstruite en d’autres. C’est ainsi que la citadelle voit le jour en l’an 960. Le géographe arabe Ibn-Hawkal, presque contemporain de la fondation de la ville, la décrit en ces termes : «El-Djazaïr, ville environnée d’un mur, est également au bord même de la mer. …» Les Beni Mezghenna qui cultivaient blé, orge et plantes maraîchères, arriveront même à exporter leurs produits vers d’autres contrées. Malheureusement, cette belle prospérité l’exposera aux convoitises de ses voisins qui tenteront par moult moyens et occasions de l’envahir. Il faut dire que n’étant la capitale d’aucun royaume, El Djazaïr finira par subir les diverses dominations qui se succèdent en Afrique du Nord (Hammadites, Almoravides, Hafçides…).Dès leur arrivée à Alger, les frères Barberousse décident de renforcer les murailles de la médina encore vulnérable à la suite des attaques ennemies, notamment espagnoles. Une fois l’autorité de Aroudj Barberousse proclamée sur la population de la médina algéroise, au début du XVIe siècle, il entame la consolidation des défenses de la cité. Commençant d’abord par la création d’un port, il renforce ensuite l’enceinte qui est alors dotée de bastions pour l’artillerie. Se trouvant à Alger avant 1517, Léon l’Africain décrit la muraille de la ville comme étant «splendide, très forte et construite avec de grandes pierres». Pour sa part, Cervantès, captif à Alger pendant 4 ans et demi, raconte que «la plus grande partie de la muraille est en pisé de terre et par-dessus blanchie à la chaux». L’Espagnol Haëdo décrira, quelques années plus tard,  l’enceinte comme étant «vétuste, bâtie à chaux et à sable avec des créneaux à l’ancienne, la muraille a une largeur de onze à douze paumes (environ 2,5 m), une hauteur de trente paumes (plus de 6m) côté terre, qui atteint les 40 paumes (plus de 8m) côté mer». Quant à Fray Melchor, il écrit, durant la première moitié du XVIIe siècle : «Elle est (…), pour parties de pierre, en particulier celle qui regarde la mer ; et celles qui ont les trois lopins de terre sont toutes en vermeil, et quelques pans en tuf (…)»Au début du XIXe siècle, Napoléon envoie le chef de bataillon Boutin à Alger afin d’étudier une stratégie de conquête de la ville. Dans un compte-rendu fait au général, il écrit que : L’enceinte d’Alger consiste en un mur à l’antique, de 11 à 13 mètres de hauteur, couronné d’ouvertures à meurtrières et en tout de 214 embrasures à canons, garni généralement à petites distances de tours à peu près carrées, sans saillies et sans capacité.»  La Casbah, sa muraille et ses tours Au cours du XVIe siècle, les Turcs travaillent à la consolidation du mur d’enceinte. Six tours sont alors érigées des deux côtés de la muraille, constituant ainsi une partie du système défensif de la ville. Du côté de Bab-El-Oued, la première batterie, appelée Toppanet-Hammam-el-Melah, formait l’un des angles de la ville basse. Sa construction remontait au règne de Ali El-Euldj et son armement est de six canons. Plus haut, à proximité de la mosquée Sidi-Ramdane, s’élevait un second ouvrage portant le nom de ce saint homme. Il était armé de treize canons et était dénommé Toppanet-Ketâa-Erredjel. La troisième batterie, Toppanet-Haoumet-Zian, se trouvait, quant à elle, à proximité de la citadelle. Plusieurs portes étaient ensuite ouvertes dans ces remparts, permettant aux habitants, aux commerçants ou aux pêcheurs d’aller et venir librement. Elles étaient refermées à la nuit tombée.
Hassina AMROUNI
Mémoria

La longue marche des Algériens vers l’indépendance


Une liberté espérée, attendue, rêvée pendant 132 ans, depuis un certain 14 juin 1830, date du débarquement des forces françaises sur la côte de Sidi Fredj.
Après plus d'un siècle de colonisation où les Algériens avaient été privés de leurs droits, de leurs biens et même de leur dignité, voilà qu'est arrivée l'heure de la délivrance. Après la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962, et la proclamation du cessez-le-feu le lendemain, l'exécutif provisoire est mis en place en avril 1962 à Rocher-Noir (Boumerdès). Le 1er juillet de la même année, les Algériens se prononcent via le référendum d'autodétermination à 99,7% en faveur de l'indépendance. Une indépendance proclamée le 5 juillet 1962.

Le 5 juillet 1962, la liberté enfin…

La lutte acharnée menée par les Algériens est rapidement devenue un combat de référence, un modèle pour les peuples opprimés. Des hommes ont combattu et ont été à l'apogée de l'aspiration à la liberté d'un peuple qui a enduré, plus de 132 ans durant, les exactions, les discriminations, les injustices, mais qui a fini par obtenir son indépendance. Le tribut payé pour cette liberté a été très lourd. L'Algérie a, en effet, sacrifié un million et demi de ses valeureux enfants.

Après la signature des accords d'Evian et la proclamation du cessez-le-feu, le général de Gaulle annonce à Paris la fin des opérations militaires. Les moudjahidine, exténués par des années de combat, déposent les armes, heureux et soulagés de pouvoir regagner leurs villes, villages et retrouver leurs familles. Les Français partent par milliers tandis que les Algériens se réapproprient leurs biens, enfin.

De son côté, l'Organisation de l'armée secrète (OAS), constituée en février 1961, refuse d'abandonner «l'Algérie française». Elle promet de semer la mort, encore.

En attendant le jour de l'indépendance, le 8 avril 1962, les Français de métropole approuvent à une large majorité (90,7 % de oui) les accords d'Évian. Le 1er juillet, c'est au tour des Algériens de voter. Le 3 juillet, alors qu'à Paris le général de Gaulle reconnaît l'indépendance de l'Algérie, les ministres du GPRA arrivent à Alger en provenance de Tunis. Escorté par des motards, le cortège traverse la ville pour rejoindre le centre de la capitale. Tout le long du parcours, une foule immense brandit des drapeaux algériens et acclame ses héros. Et lorsque la délégation officielle accède au siège de la préfecture d'Alger, le ministre Saâd Dahlab prononce cette phrase : «Cette préfecture, nous y entrions il y a quelques années, mais les menottes aux mains.» La longue nuit coloniale vient de prendre fin.

Jour d'indépendance, jour de liesse populaire

C'était un jeudi, 5 juillet 1962. L'Algérie était en liesse, une liesse indescriptible, une liesse qu'aucun mot, qu'aucun texte ou poésie ne pourrait traduire avec exactitude. Qu'ils aient habité les grandes villes ou les petits hameaux perchés dans les montagnes, les Algériens ont, en ce jour, tous éprouvé le même sentiment : la délivrance. Ceux qui ont vécu cet événement se souviennent : «Dès que le cessez-le-feu a été signé, nous avons commencé à nous préparer en vue de ce jour mémorable. Puis, dès le 1er juillet, les Algériens commençaient à festoyer, la joie était perceptible dans les yeux de chacun d'entre nous», se souvient une septuagénaire.

«Pendant des semaines, les femmes ont confectionné drapeaux, fanions, calots aux couleurs de l'Algérie. Partout, dans les grandes artères des villes, comme Alger, des millions d'Algériens ont crié, chanté et scandé leur soif de liberté», ajoute-t-elle. Qu'ils aient été à pied, perchés sur les toits des voitures ou des autocars, qu'ils aient été entassés dans des camions ou juchés sur des mobylettes, des hommes, des femmes et des enfants ont manifesté leur immense joie. On chantait, on dansait, sans retenue. Les rares qui n'étaient dans les rues étaient néanmoins à leurs fenêtres, poussant youyous stridents et cris de joie : «Vive l'Algérie, Tahya El Djazaïr !» Tous les balcons étaient ornés de drapeaux vert, blanc, rouge, les couleurs de l'Algérie libre et indépendante. «Les djounoud, ceux à qui l'on devait ce moment historique, ont eux aussi fait partie des défilés. Le peuple les acclamait tels les héros qu'ils étaient. Des cortèges interminables arpentaient les rues, dans une cohue indescriptible. Jusque tard dans la nuit, les gens sont restés dehors, savourant ces moments intenses», raconte-t-elle encore.

H.A
Mémoria

Référendum d’autodétermination Un «oui» massif des Algériens


Le 5 juillet 1962, l'indépendance de l'Algérie est proclamée après 132 ans de colonisation française. Après la signature des accords d'Evian, le 18 mars 1962 et la proclamation du cessez-le-feu le lendemain, il va falloir moins de quatre mois à l'Algérie pour accéder totalement à son indépendance. L'exécutif provisoire est mis en place en avril 1962 à Rocher-Noir (Boumerdès) et le référendum d'autodétermination de l'Algérie, le 1er juillet 1962, consacre l'indépendance du pays.

Ainsi, le destin des peuples qui aspirent à leur liberté ne se négocie pas. Les Algériens, eux, se sont battus fermement et sur tous les fronts (armé, politique et diplomatique) pour recouvrer leur indépendance, et de Gaulle, symbole de la résistance pour les Français, n'a rien pu faire pour barrer la route à un peuple assoiffé de liberté. Ce peuple s'est exprimé et a fait part de ses choix, en se mobilisant comme un seul homme derrière ses représentants, le FLN-ALN.Les accords d'Évian, qui mettent un terme à la guerre d'Algérie, prévoyaient, en effet, que se tiendrait un référendum dans un délai compris entre trois et six mois. Les Algériens ont donc été appelés à entériner ces accords, fruit de longues années de négociations entre le GPRA et le gouvernement français.L'opinion publique française, elle, n'a pu que se résigner à la recherche de la paix, quitte à ce qu'elle mène à l'indépendance. Elle a approuvé, le 8 avril 1962, les accords d'Evian après avoir, le 8 janvier 1962, dit oui à l'organisation d'un référendum sur l'autodétermination.Les ultras de «l'Algérie française», loin d'accepter dans la résignation cette perspective, tentent de l'empêcher en recourant à la violence, actionnant pour cela la sinistre OAS, son bras armé. Elle multiplie assassinats, fusillades, attentats, destructions de biens publics, semant, partout sur son passage, mort et désolation. Ce qui hypothèque toutes les chances de coexistence et de cohabitation entre les deux communautés. Cela pousse alors la majorité des 900 000 Français d'Algérie à quitter le pays.Les ultras de «l'Algérie française», loin d'accepter dans la résignation cette perspective, tentent de l'empêcher en recourant à la violence, actionnant pour cela la sinistre OAS, son bras armé. Elle multiplie assassinats, fusillades, attentats, destructions de biens publics, semant, partout sur son passage, mort et désolation. Ce qui hypothèque toutes les chances de coexistence et de cohabitation entre les deux communautés. Cela pousse alors, la majorité des 900 000 Français d'Algérie à quitter le pays.Référendum du 1er juillet 1962En vertu des dispositions de l'article 17 du chapitre 3 des accords d'Evian, portant organisation d'un référendum au cours d'une période de trois à six mois, à compter de la date de publication du texte des accords, cette date devait être arrêtée conformément à la proposition qui en sera faite par l'instance exécutive deux mois après l'installation de celle-ci. Concernant, la composition du corps électoral, elle est réglementée principalement par un décret du 19 mars 1962. Il comprend les citoyens résidant en Algérie (art. 1), les citoyens inscrits sur une liste électorale en Algérie résidant hors du territoire (art. 2), et certains citoyens nés en Algérie et résidant en France métropolitaine ou d'outre-mer (art. 3) ; des militaires du contingent sont exclus du bénéfice de l'article 1 (art. 4).Le jour du scrutin, la mobilisation des Algériens est maximale. Il est vrai que le travail de sensibilisation fait par le FLN auprès des populations, même les plus enclavées, était important, mais les Algériens savaient déjà tout de l'enjeu. C'est sous une chaleur caniculaire que le jour du scrutin, les Algériens sortent de chez eux pour se diriger vers les bureaux de vote. Pour aâmi Hcène, septuagénaire et ancien moudjahid, les souvenirs de cette journée sont encore très prégnants dans son esprit. «Il y avait une forte mobilisation citoyenne ce jour. Les gens s'étaient agglutinés devant le portail des locaux transformés en centres de vote avant même l'heure d'ouverture. Concernant la capitale, plus particulièrement les quartiers de Belcourt et du Salembier où j'étais mobilisé, le vote s'est passé dans le calme, il y avait du monde, la population était au rendez-vous avec l'Histoire. Ils étaient des milliers à attendre leur tour pour exprimer leur voix et changer enfin leur destin. Avec des membres du FLN, nous étions chargés d'assurer le bon déroulement du scrutin. Dehors, l'ambiance était déjà à la fête. Des haut-parleurs diffusaient dans tous les quartiers des chants patriotiques, ce qui faisait monter d'un cran cette fibre nationaliste qui était en nous. Nous étions convaincus que la fin du cauchemar était proche et que la liberté n'était qu'à portée de main.»Le «oui» l'emporte à plus de 99% de voixLe 1er juillet 1962, les électeurs algériens sont invités à se prononcer par «oui» ou par «non» sur la question suivante : «Voulez-vous que l'Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par les déclarations du 19 mars 1962 ?» Les résultats du référendum d'indépendance, dans les différentes régions d'Algérie, sont alors inscrits, au fur et à mesure. Le 2 juillet, il est procédé au dépouillement des voix. Le total des résultats en faveur de l'indépendance constitue la majorité, comme l'a affirmé la commission chargée de la supervision du déroulement du référendum au cours de la matinée du 3 juillet 1962. Sur un total d'inscrits estimé à 6.549.736, répartis sur 15 circonscriptions, 5.992.115 ont exprimé leur suffrage dont 5.975.581 de oui et 16.534 de non, soit 99,72% de voix pour l'autodétermination de l'Algérie.Proclamation de l'indépendance de l'AlgérieLes résultats du référendum sont proclamés le samedi 3 juillet 1962. Le Président français, Charles de Gaulle adresse à Abderrahmane Farès, président de l'instance exécutive provisoire de la République algérienne, une lettre de reconnaissance par la France de l'indépendance de l'Algérie. L'avocat Kaddour Sator, président de la Commission de contrôle du scrutin, dresse l'acte d'état civil de l'Algérie.Le même jour, à 16 h 30, la Caravelle rouge et blanche de Tunis-Air s'immobilise sur le tarmac de l'aérogare. Dix ministres algériens sortent de l'avion. Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Rabah Bitat, Krim Belkacem, Benyoucef Ben Khedda, Saâd Dahlab, Mohammedi Saïd, Lakhdar Bentobbal, Abdelhafidh Boussouf, M'Hamed Yazid. La radio de l'aérodrome joue Kassaman, dans le silence et le recueillement. Les ministres foulent ensuite le sol algérien. Pour la première fois, un gouvernement algérien va siéger sur le sol national.Le 5 juillet 1962 est désormais la Journée nationale de la célébration de l'indépendance de l'Algérie. Les Algériens auront patienté encore deux jours pour laisser libre cours à leur joie car le 5 juillet coïncide avec une autre date très importante et hautement symbolique : la prise d'Alger le 5 juillet 1830.
Par Hassina AMROUNI
Mémoria