jeudi 31 octobre 2013

59e anniversaire du 1er novembre : Qu’a-t-on écrit et publié sur le 1er Novembre ?


Le 1er novembre demeure une date qui fait consensus en Algérie. Toutes les familles politiques se réclament de la déclaration qui, ce jour-là, ressuscita la nation algérienne qui affirma sa volonté de renaître.

La date, désormais, relève davantage de l’histoire même si elle continue à inspirer des actes, des attitudes. Mais qu’a-t-on écrit et retenu de cette journée historique ? A vrai dire, beaucoup de choses ont été écrites et filmées sur le contexte historique qui avait aidé à l’embrasement de l’Algérie. Les collections de la presse nationale regorgent de témoignages sur les militants qui avaient pris part aux préparatifs qui avaient précédé le jour « j » et les moyens qui ont servi à attaquer quelques casernes et saboté des infrastructures dans diverses régions du pays. On peut lire des dizaines de récits sur les hommes qui « ont fait le coup de feu », des reportages sur des lieux comme les gorges de Tighanimine, près d’Arris, Azazga, Alger où les hommes du FLN se manifestèrent. Des numéros spéciaux ont été régulièrement publiés où la parole fut donnée à des militants qui ont déroulé le fil de leurs souvenirs. Haya Djelloul a produit, il y a quelques années, pour la Télévision nationale, un remarquable documentaire dans lequel de grands noms de l’époque, comme Boudiaf, Aït Ahmed, ont évoqué également cette date et tout le processus qui avait conduit au déclenchement de la Révolution. On peut ranger aussi dans cette case le précieux livre de Benyoucef Benkhedda, les Origines du 1er Novembre (Editions Dahlab 1983) ou la Guerre commence en Algérie » (Editions Complexe 1984) de Mohamed Harbi.

Un registre plus épaissi
Toutefois, on trouve moins de témoignages des acteurs qui ont pris directement part aux actions. La plupart étaient, il est vrai, des hommes de condition modeste et l’urgence était à l’action. Des hommes, comme Ouamrane et Bitat qui avaient dirigé les attaques, Hadj Lakhdar ou Krim Belkacem, qui ont survécu à la guerre, n’ont pas légué leurs mémoires. Leurs souvenirs sont par contre essaimés dans des publications d’auteurs ou de journalistes, notamment étrangers, comme Yves Courrière. Son livre Les fils de la Toussaint est un récit vivant et palpitant de cette nuit. Il y relate les doutes, l’engagement des hommes, la modestie des moyens et les réactions des protagonistes dans les jours qui ont précédé et suivi ce qui fut alors qualifié de « coup d’éclat dans un ciel serein ». Dans ce registre, le livre le Pays des hommes libre d’Ali Zamoum reste une heureuse exception. L’homme, qui passera toute la période de la guerre à la prison Barberousse où il sera un compagnon d’Ahmed Zabana, comme le montre le film consacré à ce dernier, décrit, dans le détail, les réunions des militants, les achats d’uniformes, les fonctions de chacun des hommes qui, dans la région de Kabylie, allaient écumer les maquis. On y trouve aussi relatées avec minutie les circonstances qui ont présidé au tirage, dans une maison du village d’Ighil Imoula, de la déclaration du 1er Novembre. Ces dernières années, à la faveur des mémoires, de nombreux responsables, qui ont joué un rôle dans la guerre de Libération, ont toutefois épaissi le registre de l’histoire. C’est ainsi qu’Ali Kafi évoque le 1er Novembre dans le Nord-Constantinois, Tahar Zbiri dans la zone des Aurès Nememchas où furent enregistrés les premiers morts.

Récits multiples
Il est rare de ne pas trouver dans le grand nombre de livres parus ces dernières années trace du 1er Novembre. On s’attarde toujours sur cette journée et ses événements certes inattendus. Ils s’étalent davantage sur sa signification et son importance. Il suffit de relire Attoumi, Azzi, Mustapha Benamar ou Chadli Bendjedid. Longtemps, la recherche sur l’histoire, un levier puissant de légitimation politique, était marquée par les tabous et l’occultation. Mohamed Boudiaf publia, en exil, ses souvenirs sur les « préparatifs du 1er Novembre » auxquels il prit pourtant une part prépondérante. Beaucoup de livres, comme ceux d’Ali Haroun, du commandant Azzedine, furent publiés en France. Depuis un quart de siècle, d’autres écrits ont surgi. On peut citer ceux de Lakhdar Bouregaâ, de l’historien Aïned Tabet dont le livre sur l’histoire de la ville de Sidi Bel-Abbès (Enag 1999) regorge d’informations sur les actions entreprises dans la nuit du 1er novembre où deux fermes furent attaquées près de Sidi Ali à l’est de Mostaganem. Durant l’accrochage, fut tué notamment l’adjoint de Ben M’hidi alors chef de la zone 5 (Oranie), Abdelmalek Ramdhane. Pour une génération avide d’images, le 1er Novembre se retrouve aussi dans plusieurs films dont les plus récents sont ceux dédiés à Zabana et Benboulaïd. Ce jour-là constitue toujours la séquence de rupture dans la vie des personnages qui entrevoient la lumière d’une aube naissante. Ce qui fut réellement ce jour gravé à jamais dans la mémoire nationale.

HORIZONS

Existence d’un Etat algérien avant l’occupation française : une vérité historique établie


L’existence d’un Etat algérien avec toutes ses composantes avant l’occupation française "est une vérité historique établie et étayée par des preuves et documents authentifiés", a affirmé mercredi le directeur général des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi.
Dans son intervention lors du forum de la Sûreté nationale, M. Chikhi a soutenu que l’occupation française de l’Algérie en 1830 constituait "une agression d’un Etat contre un autre, car l’Algérie était à l’époque un Etat avec toutes ses composantes contrairement aux assertions de la France".
Pour preuve, le directeur général des Archives nationales citera la centaine de conventions et accords conclus par l’Algérie de 1600 à 1830 avec de grands pays tels la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Allemagne dont 79 avec la France, estimant que ces accords constituaient "une preuve légale que l’Algérie était, à l’époque, un Etat souverain".
La thèse selon laquelle l’Algérie était "une simple régence relevant de l’empire ottoman est dénuée de tout fondement", a fait savoir M. Chikhi précisant que "l’Algérie s’était annexée à l’empire ottoman à sa demande, en témoigne un document historique qui existe encore".
"L’Algérie était le seul pays à avoir demandé à être annexée à l’empire ottoman de sa propre initiative, pour être associée à la politique ottomane régissant la Méditerranée face aux offensives menées par l’empire byzantin contre les pays musulmans", a-t-il rappelé.
Pour M. Chikhi, la Sublime porte (Direction de l’empire ottoman à Istanbul) accueillit favorablement l’annexion de l’Algérie qui allait faire office de "base avant" face à l’expansionnisme chrétien.
Par ailleurs, M. Chikhi a mis l’accent sur la politique colonialiste adoptée par la France en Algérie et "dont la barbarie et la vileté furent sans égales, car s’appuyant sur l’extermination de la population et la destruction des fondements de l’Etat algérien".
Pas moins de 7 millions d’Algériens furent tués entre 1830 et 1860, a affirmé M. Chikhi précisant que l’Algérie comptait à l’époque 10 millions d’habitants, des statistiques attestées par l’historien Hamdane Khodja dans son ouvrage "le miroir".
Il a, également, rappelé l’élimination par la France des personnes instruites en vue de propager l’ignorance, sachant qu’à l’époque 80% des Algériens savaient lire et écrire contre 80% d’illettrés en France.

APS

vendredi 25 octobre 2013

Nouvelle création chorégraphique du Ballet National «Algérie, ma liberté» : un hymne à la révolution et à l’indépendance

Le Ballet national a présenté, hier après-midi, à la presse, au théâtre national Mahieddine Bachtarzi, sa dernière création chorégraphique intitulée «Algérie, ma liberté».
D’une durée d’une heure trente minutes, les présents ont pu découvrir une belle fresque chorégraphique, signée par la directrice du  Ballet national, Mme Fatma Zhora Namous.  Comme l’indique son  intitulé, «Algérie, ma liberté» est un ballet-théâtre aux  couleurs de la révolution algérienne, auréolée des lendemains heureux de l’indépendance. Le spectacle en question, rappelons-le, entre dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie. La générale de «Algérie, ma liberté» a accusé un léger retard compte tenu des différentes tournées qu’a effectuées le ballet à l’étranger, notamment en Serbie et en Tchéquie. Cette chorégraphie bien ficelée ne souffrant d’aucune lourdeur ou encore de temps mort, dévoile le talent avéré d’une trentaine d’artistes entre professionnels et amateurs. Maîtrisant le jeu de scène, ces derniers convient les spectateurs à explorer notre histoire nationale.
La révolution et l’indépendance se conjuguent et s’enchevêtrent en donnant naissance à de beaux tableaux parlants. La mémoire est convoquée pour laisser libre cours à des souvenirs indélébiles. Les différents pas de danse se font justement l’écho de  ce passé révolu à jamais, et ce, sur un fond sonore mélangeant du néo-classisisme et du contemporain. Les corps se déchaînent  sur scène avec aisance et assurance.  De jeunes étudiants insouciants sont contraints de quitter les bancs de l’université pour le  maquis. Face aux crimes abjects commis par les colonisateurs, ils sont déterminés à libérer leurs pays du joug colonial.
Pour ce travail, la réalisatrice et directrice du Ballet national a voulu s’appuyer sur un élément historique afin de rappeler à la génération actuelle qu’elle a le devoir d’œuvrer en faveur de son pays. Elle indique que ce spectacle lui tenait à cœur depuis longtemps. «Ce spectacle est empreint de beaucoup de souvenirs d’enfance et de personnes qui m’ont entourée. L’histoire contée est authentique. Je dédie cette nouvelle création à la jeunesse algérienne. Je lui demande d’honorer la mémoire de ses aînés. J’ai  également voulu prouver à travers cette toute nouvelle chorégraphie que le ballet  national ne se cantonne pas uniquement sur le volet traditionnel. Le ballet détient un programme d’expression universelle. Preuve en est avec ‘‘Algérie, ma liberté’’», explique-t-elle. Il est à noter que «Ma liberté, mon Algérie» sera présentée respectivement le 24 octobre au Théâtre national d’Alger à partir de 18h30 sur invitation, suivi d’une deuxième programmation le 26 octobre qui sera  ouverte au public. En somme, «Algérie, ma liberté» est un beau et captivant spectacle qui ébranle la mémoire collective, en n’omettant pas de donner une belle leçon de morale aux générations de demain.

 El Watan

lundi 21 octobre 2013

"L’Algérie, De Gaulle et la bombe" au Festival Europe-Orient


Le documentaire "L’Algérie, De Gaulle et la bombe" de Larbi Benchiha participera au premier Festival Europe-Orient du film documentaire qui aura lieu du 23 au 26 octobre à Assilah (nord du Maroc) avec la présentation de dix films représentant autant de pays, ont annoncé les organisateurs.
Dans ce moyen-métrage de 52 mn réalisé en 2010, Larbi Benchiha revient sur les gigantesques dégâts engendrés par "Gerboise bleue" sur l’environnement et la santé des populations. "Gerboise bleue" est le nom de code militaire donné à l’explosion de la première bombe nucléaire française le 13 février 1960 à Reggane, dans le Sahara algérien.
Le documentaire renferme des témoignages accablants d’anciens négociateurs des Accords d’Evian, d’historiens, d’anciens militaires de carrière français, de soldats du contingent et de quelques membres de la main-d’œuvre locale.
Outre les films représentant l’Algérie et le pays hôte, des documentaires en provenance d’Espagne, du Royaume-Uni, de France, du Liban, de la Palestine, d’Egypte, d’Iran et d’Italie seront en lice pour obtenir les cinq prix du festival décernés par un jury international formé de cinq pays (Maroc, Qatar, France, Royaume-Uni, et Espagne).
Initié par l’’Association marocaine pour les études médias et films documentaires (AMEMFD), le festival dont l’Espagne sera l’invitée d’honneur, est soutenu par plusieurs institutions, notamment le Centre cinématographique marocain.

APS

Une place située au centre de la ville de Strasbourg (France) baptisée "Place du 17 octobre : 1961"COMMEMORATION DU 17 OCTOBRE 1961


Une place située au centre de la ville de Strasbourg, a été baptisée "Place du 17 octobre 1961" à la mémoire des victimes de la manifestation pacifique des Algériens, réprimée dans le sang en plein c£ur de Paris par la police parisienne sous les ordres du préfet Maurice Papon, a-t-on appris dimanche auprès du Consulat général d’Algérie à Strasbourg.
Cette place, située à proximité immédiate du quartier touristique du centre de Strasbourg, a été inaugurée, jeudi 17 octobre, lors d’une cérémonie commémorative de cette tragédie, par le Sénateur-Maire socialiste de la Ville de Strasbourg, Roland Ries, a-t-on précisé à l’APS.
Cette cérémonie s’est déroulée en présence des maires-adjoints de cette ville, capitale parlementaire de l’Europe, de nombreux conseillers municipaux, des membres du Consulat général d’Algérie à Strasbourg et d’une foule nombreuse, venue se recueillir à cette occasion à la mémoire des victimes.
L’inauguration de cette place, concrétise l’engagement pris par le maire de la ville, le 17 octobre 2012, et confirmée par une délibération du Conseil municipal en mars 2013, a-t-on indiqué.
La décision du maire fait suite à la mobilisation d’un Collectif des associations algériennes de Strasbourg qui commémore depuis de nombreuses années, la tragédie du 17 octobre 1961.
Outre la dénomination de la "Place du 17 octobre 1961", le maire a dévoilé, à la faveur de cette cérémonie de recueillement, une plaque commémorative à vocation pédagogique, apposée sur les lieux portant la mention "A la mémoire des nombreux algériens tués à Paris lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961".
Il y a cinquante-deux ans, des milliers d’Algériens, hommes, femmes et enfants, sortis manifester pacifiquement, avec dignité, dans les rues de Paris, furent victimes d’une répression d’Etat d’une extrême gravité.
La manifestation a été organisée pour protester contre le couvre-feu discriminatoire qui leur a été imposé et répondre à l’appel à la mobilisation de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) suite à plusieurs cas de violence policière et de tueries contre la communauté algérienne.
L’ensemble des historiens qui se sont intéressés à ces événements douloureux s’accordent à dire que les consignes impitoyables ordonnées par le préfet de police Maurice Papon, qui lui-même appliquait les instructions dictées en hauts lieux, pour réprimer dans le sang cette manifestation pacifique, furent exécutées avec zèle.
Les corps d’Algériens tués par balles, jetés dans la Seine, morts sous la torture ou disparus, se comptent par centaines. Les survivants au massacre ont été expulsés massivement vers l’Algérie.

APS

mercredi 16 octobre 2013

MASSACRES DU 17 OCTOBRE 1961 : PLUS DE 12 MORTS ET DES QUESTIONS !? : 52 ans de silence officiel

Cinquante-deux ans après, l’Algérie se souvient encore du tragique évènement qui témoigne encore de la sauvagerie et de la haine de la France qui a transformé les corps de milliers d’hommes et de femmes en corps sans vie et en cadavres flottants sur le fleuve (La Seine). Il est tant pour la France de reconnaître sa responsabilité envers les victimes des crimes commis au nom de l’Algérie Française, le 17 octobre 1961.

En cette journée mémorable du 17 octobre 1961, 52 ans après la répression contre des Algériens qui firent plusieurs centaines de morts,  déterminés à lutter pour recouvrer la souveraineté de l’Algérie. Les commémorations tentent de faire sortir de l'oubli cette page sombre de l’histoire, mais la reconnaissance de la France de ses crimes de guerre envers l’Algérie restera  la seule requête avant de plier cette page de l’histoire .

Plus de 30.000 Algériens réprimés par des milliers de policiers à Paris
Le 17 octobre 1961, à l'initiative du Front de libération nationale (FLN), 30 000 Algériens descendent manifester dans les rues de Paris pour protester pacifiquement contre le couvre-feu décrété à leur intention par le préfet de police, Maurice Papon. La police, chauffée à blanc par les nombreuses pertes que lui font subir les attentats du FLN sur le territoire français, et couverte par ses autorités de tutelle, se livre à une répression sanglante, dont le nombre de victimes est estimé entre 80 et 200 morts. Les cadavres seront, pour certains, retrouvés flottant dans la Seine. Des manifestants algériens appréhendés à Puteaux, à l'ouest de Paris, pendant la guerre d'Algérie, lors de la manifestation pacifique, le 17 octobre 1961, attendent mains au-dessus de la tête sous la surveillance de la police d'être interrogés. Sur le même sujet. Sept ans après le début de la guerre d'Algérie, le conflit s'est transporté en métropole. Si le principe de l'indépendance était acquis, que les négociations à Evian étaient ouvertes depuis mai 1961, la cohabitation entre les deux communautés est extrêmement tendue. Attentats, assassinats à la fois d'indépendantistes algériens et de policiers se multiplient. La pression est si forte que le préfet de police, Maurice Papon, finit par instaurer le 5 octobre un couvre-feu de 20h30 à 5h30 pour tous les "Français musulmans d'Algérie". Le 17 octobre 1961, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de Paris et de sa région à manifester pacifiquement contre ce couvre-feu jugé discriminatoire. Pour rappel, Michel Debré est Premier ministre, Roger Frey, ministre de l'Intérieur et le général de Gaulle, le chef de l'Etat. Celui-ci donne carte blanche à Maurice Papon pour interdire la manifestation. Bravant la menace, les Algériens, majoritairement des ouvriers, vont se rendre dans la capitale en costume du dimanche, comme s'ils allaient à "un mariage, à une fête". Pour certains, c'était la première fois qu'ils quittaient leurs bidonvilles. Plus de 30.000 Algériens seront accueillis par des milliers de policiers à Paris.

Arrestation de plus de 12 000, tortures, expulsions, disparus, rafles, morts et manifestants jetés dans la Seine
La répression policière a été sans limite. Arrestation  plus de 12 000, tortures, expulsions, disparus, rafles, morts et manifestants jetés dans la Seine… Personne à ce jour ne peut faire le bilan macabre de cette nuit. Le chiffre officiel est à l'époque : 3 morts. Mais celui-ci est de l'ordre de plusieurs centaines. La journée du 17 octobre a été un tournant dans la guerre d'Algérie, qui continuera jusqu'au cessez-le-feu du 19 mars 1962 et à l'indépendance de l'Algérie le 5 juillet. Les journaux relatent les faits, des demandes d'enquêtes sur la répression et le rôle de la police sont réclamées mais Maurice Papon comme ses supérieurs les ont toujours refusées. La censure s'abat sur les journaux, les livres, documentaires, qui tenteront de faire la lumière sur cette nuit-là. Les historiens et la Fédération de France du FLN évoquent plusieurs centaines de morts et de disparus. Plus de onze mille Algériens sont arrêtés, détenus, dans des conditions atroces durant plusieurs jours. Des autobus de la RATP ont même été réquisitionnés pour les déporter dans des stades, ou les enfermer dans des commissariats pour être sauvagement torturés, souvent à mort. Les survivants au massacre ont été expulsés massivement vers l’Algérie. Pour de nombreux historiens, les massacres du 17 octobre 1961 marquent l’apogée d’une répression meurtrière déjà renforcée depuis le mois de septembre de la même année. En effet, dès ce mois-ci déjà, les harkis, ces supplétifs de l’armée française s’installaient au bidonville "La Folie" de Nanterre pour pratiquer des méthodes éprouvées de quadrillages, de terreur et de torture. Les contrôles policiers, que les Algériens subissaient déjà, les insultes, les brimades, les rétentions de plusieurs jours se multipliaient. On constatait alors que les décès d’Algériens, dont on retrouvait les cadavres sur la voie publique, augmentaient chaque jour.

   Une plaque commémorative au pont Saint-Michel n'est pas suffisante !
Le 17 octobre 2001, Bertrand Delanoë, maire de Paris, a fait un geste fort en inaugurant une plaque commémorative au pont Saint-Michel, où furent jetés les corps de centaines d’Algériens et où est écrit "à la mémoire de nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961". Le 17 octobre 2011, le candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande déposait une gerbe de fleurs au pont de Clichy, d’où des Algériens furent également jetés à la Seine, affirmant que "trop longtemps cet événement a été occulté des récits historiques" et ajoutant qu’ "il est important de rappeler ces faits". Un an plus tard, le 17 octobre 2012, c’est un communiqué de l’Elysée tant attendu depuis des décennies des deux côtés de la Méditerranée qui exprime la reconnaissance officielle de ces faits tragiques. Dans ce communiqué, brisant le silence de l’Etat français, le président François Hollande déclarait alors que ½ le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression". "La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et deux ans après cette tragédie, aujourd'hui, les associations se mobilisent pour le souvenir et la commémoration de cette nuit tragique. Mais Aucune reconnaissance ni réparation officielles depuis lors.

Reflexion

mardi 24 septembre 2013

PROJETS DE FILM SUR LES PERSONNAGES HISTORIQUES (1RE PARTIE)

De Boumediene à Bouteflika, en passant par Chadli, tous les présidents algériens ont souhaité lancer une superproduction sur la plus célèbre figure de la résistance algérienne avant la guerre de Libération en 1954: l'Emir Abdelkader.

Une conférence de presse sera organisée aujourd'hui sur le projet de réalisation d'un film sur l'Emir Abdelkader. Un projet qui a été porté et soutenu par plusieurs hauts responsables algériens depuis l'indépendance. De Boumediene à Bouteflika, en passant par Chadli, tous les présidents algériens ont souhaité lancer une superproduction sur la plus célèbre figure de la résistance algérienne avant la guerre de Libération en 1954.
Le premier à lancer l'idée de produire un film sur l'Emir Abdelkader a été le président Houari Boumediene et cela à l'occasion de la projection à la salle Harcha du film Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina, qui avait fait la fierté de l'Algérie en décrochant la Palme d'or à Cannes. La première et la seule récompense du cinéma arabe et africain. Très enchanté et séduit par le succès du film de Lakhdar Hamina, Boumediene qui était un grand cinéphile avait demandé à ce dernier de se lancer dans la préparation du film épique sur la figure de l'Emir Abdelkader. Le réalisateur algérien aurait contacté à l'époque Jean-Claude Carrière, un scénariste français de renom qu'il avait rencontré à Cannes et qui signa le scénario du film le Tambour de Volker Schlöndorff, adapté du roman éponyme de Günter Grass paru en 1959.
Lakhdar Hamina et Carrière devaient travailler sur une première mouture pour la soumettre au président Boumediene. Mais après la mort de ce dernier, le 27 décembre 1978, le projet a été mis en veille. Le président Chadli, qui était moins intéressé au thème historique que Boumediene avait, de son côté, souhaité faire des projets cinématographiques sur les trois importantes figures de la résistance algérienne. Un homme sera derrière l'écriture de ses projets, le ministre de l'Information de l'époque, Boualem Bessaïeh. Il faut dire que cet ancien professeur de lettres et docteur ès lettres et sciences humaines, de formation bilingue, devenu auteur de grandes oeuvres historiques, avait le profil pour rédiger des portraits sur les figures de la résistance algérienne. Ses fonctions d'ambassadeur dans plusieurs capitales occidentales et orientales comme Berne, le Vatican, Le Caire et Koweït City, vont créer en lui une envie de produire des films sur les grandes figures de la résistance algérienne: l'Emir Abdelkader, Mokrani et Bouamama. Mais au lieu de commencer cette trilogie par un grand film sur l'Emir Abdelkader, c'est par le Cheikh Bouamama que Bessaïeh a voulu entamer ses projets cinématographiques. Un choix étonnant surtout que les Algériens, principalement les étudiants, les chercheurs et les médias accordaient peu d'importance à cette figure historique de la résistance entre 1881 à 1908. Les révoltes les plus connues dans les ouvrages d'histoire sont celles menées par Cheikh El Mokrani, son frère Boumezrag El Mokrani et le cheikh El Haddad, chef de la confrérie des Rahmaniya en 1871 et surtout celle de l'Emir Abdelkader qui avait résisté à l'occupant français de 1832 à 1847. L'image de l'Emir Abdelkader est présente partout dans le quotidien algérien: sur les billets de la monnaie nationale et surtout sur la principale place de la capitale qui porte son nom et où une imposante statue le représente sur une hauteur de plusieurs mètres. L'Emir Abdelkader, comme Napoléon chez les Français, était également une figure très présente sur l'espace culturel. Une fresque peinte par l'artiste Hocine Ziani, garnit d'ailleurs le Palais d'El Mouradia.
L'autre étonnante décision de Bessaïeh, c'est le choix du réalisateur pour la mise en scène du film de Bouamama. Alors qu'on attendait Lakhdar Hamina ou Ahmed Rachedi, qui étaient déjà considérés dans les années 1980 comme des réalisateurs expérimentés, le scénariste a porté son choix sur le réalisateur Benamar Bakhti. Bessaïeh a même associé Bakhti dans l'écriture des dialogues du film. De plus, Bessaïeh n'a pas choisi l'Oncic, la puissante entreprise cinématographique nationale pour produire le film. Son choix s'est porté sur la télévision algérienne: la RTA, qui était sous sa tutelle en tant que ministre de l'Information. Boualem Bessaieh voulait ainsi avoir le contrôle total sur cette production.
La télévision algérienne qui avait acquis une expérience professionnelle dans la production des films à l'international comme Nahla de Farouk Beloufa, a pris à bras-le-corps donc la production du film sur l'épopée de Bouamama. Alors que certains attendaient un fiasco de cette production, le film a été réussi sur le plan technique, historique et surtout médiatique et artistique. La RTA qui produisait généralement des téléfilms en 16 mm a investi dans cette superproduction en filmant cette oeuvre comme une superproduction cinématographique en 35 mm. De plus, c'était un challenge technique, puisque pour sa première production historique, les responsables algériens ont choisi de faire confiance aux techniciens locaux. 95% des postes techniques étaient dirigés par les Algériens, même la musique. Seules les cascades ont été confiées à une équipe étrangère de cascadeurs conduite par le Français Yves Chiffre. Ce dernier était déjà connu pour avoir réglé les cascades dans plusieurs films algériens comme L'Opium et le Bâton, les Hors-la-loi de Tewfik Farès ou encore Z de Costa Gavras. Ce dernier était accompagné par 10 cascadeurs espagnols et italiens. Il étaient chargés avec leurs chevaux de chorégraphier les chutes dans les batailles. Yves Chiffre avait formé 10 cascadeurs algériens qui malheureusement n'ont jamais été exploités ensuite. Mais cette production a démontré le talent des techniciens algériens comme El Hachemi Lyliane et Aïcha Ben Bouali qui avaient confectionné les beaux costumes des militaires français et algériens, ou encore l'excellente photo de Youcef Sahraoui.
Le film de l'épopée de Bouamama a surtout fait découvrir un comédien de talent Athmane Ariouet, car la grande crainte c'était de trouver un comédien capable de jouer le rôle charismatique d'un chef à la fois militaire et religieux. Pari gagné donc pour Bessaïeh, qui a réussi ainsi son premier baroud d'honneur, lui qui n'avait jamais écrit pour le cinéma.
Cette aventure cinématographique a démontré aussi que les Algériens étaient capables de réaliser des films historiques sans demander l'apport des Egyptiens ou des Français. (A l'époque les Syriens n'avaient pas encore démontré leurs capacités à faire des films historiques). Fort de ce succès, Bessaïeh et même Benamar Bakhti se sont donc préparés à l'idée de faire une autre fresque historique sur une figure importante de la résistance algérienne: l'Emir Abdelkader...

L'expression