dimanche 23 mars 2014

France: l’historien Jean-Luc Einaudi n’est plus

France: l’historien Jean-Luc Einaudi n’est plus

L’historien Jean-Luc Einaudi, militant infatigable pour la vérité sur les massacres de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris, est décédé, a-t-on appris samedi de source associative.
C’est le comité local du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) d’Aubervilliers qui a annoncé, dans un communiqué parvenu à l’APS, la triste nouvelle du décès dont les causes ne sont pas, pour l’heure connues.
Militant, Jean-Luc Einaudi a porté de nombreux combats sur le terrain de la vérité des massacres du 17 octobre 1961 à Paris. Il est l’auteur de "La bataille de Paris û 17 octobre 1961". Ce 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression dirigée par le préfet Maurice Papon.
Ami du MRAP et du peuple algérien, il avait animé, à de très nombreuses reprises, des rencontres sur le devoir de mémoire des victimes de ce crime d’Etat.
Le monde, et les Algériens tout particulièrement, retiendront surtout de lui son témoignage paru, le 20 mai 1998, dans le journal Le Monde " En octobre 1961, il y eut à Paris un massacre perpétré par des forces de police agissant sous les ordres de Maurice Papon".  En juillet 1998, le préfet de sinistre mémoire Papon porte plainte pour diffamation envers un fonctionnaire public.
Le 26 mars 1999, il est débouté de sa plainte et l'historien relaxé au bénéfice de la bonne foi.

APS

jeudi 20 mars 2014

Célébration du 19 mars 1962: les accords d'Evian revisités

Célébration du 19 mars 1962: les accords d'Evian revisités

Le contexte de l'élaboration et la portée des accords d'Evian ont été revisités mercredi à Alger à l'occasion de la célébration de la "Fête de la victoire", le 19 mars 1962, par le ministère des Affaires étrangères. "Les négociateurs des accords d'Evian n'étaient pas des diplomates mais des hommes aguerris qui avaient pour mission de mener jusqu'au bout les négociations et d'arracher l'indépendance de l'Algérie", a déclaré dans sa conférence sur les accord d'Evian, le Dr Nouredine Amir, membre du Comité des Nations-Unies pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD).
Il a cité, dans ce contexte, les défunts Krim Belkacem, Sâad Dahleb et Ahmed Francis ainsi que Réda Malek et rappelé que pour le général De Gaulle, "il n'y a avait pas d'Etat algérien" mais il considérait que les négociations avaient lieu avec "l'organe insurrectionnel" qu'était le Front de libération nationale (FLN).
Par conséquent, les accords d'Evian n'étaient considérés par la France comme n'étant "ni un traité, ni une convention internationale", a noté l'ancien membre de l'état-major du FLN qui a ajouté que ces pourparlers ont eu lieu dans un contexte international qui a obligé la France à "se débarrasser de l'affaire algérienne", citant les propos du Général De Gaulle. 
"Ali Mendjeli et Krim Belkacem étaient chargés par Houari Boumédiene de faire reconnaître que le FLN et l'ALN étaient les représentants légitimes du peuple algérien alors que la France voulait faire impliquer d'autres forces politiques dans les négociations", a ajouté l'intervenant.
Le Dr. Amir a évoqué, par ailleurs, les dispositions juridiquement contenues dans lesdits accords, dont notamment celle qui consiste à demander "pardon" à la France, une idée que "les négociateurs devaient accepter pour que les pourparlers avancent", a-t-il observé.

Déplorant que la France n'évoquait en aucun cas les termes de "guerre" et de "conflit" mais préférait parler d"'événements", le Dr. Nouredine Amir a conclu sa rétrospective historique en conviant le peuple algérien à exercer son droit à exiger le "pardon" de la France pour l'atrocité de ces "crimes" en Algérie.
La célébration de la "Fête de la victoire" par le ministère des Affaires étrangères a été entamée par une cérémonie de recueillement à la mémoire des martyrs de la révolution algérienne et par le dépôt symbolique d'une gerbe de fleurs sur la plaque inaugurale du siège de ce département.
"Ce jour marque le point de rupture entre l'ère de l'asservissement et de l'exploitation et celle de la liberté et de l'indépendance retrouvées grâce au peuple algérien qui a fait preuve d'unicité. Nos Martyrs attendent de nous que nous préservions leurs acquis, que nous prenions soin de l'Algérie!", a lancé le moudjahid Rabah Hechoud.
Ont pris part à cette cérémonie, de nombreux anciens moudjahidine et diplomates ainsi que des représentants et des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères.

APS

mercredi 19 mars 2014

19 mars - 5 juillet 1962 : la fête de la victoire évoquée au Forum de la Mémoire d’El Moudjahid : Et le peuple recouvra sa souveraineté…



Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, initié en coordination avec l’Association Machaal Echahid, est revenu, hier, à l’occasion de la célébration de la fête de la Victoire, sur la période transitoire, 19 mars - 5 juillet 1962.
Une période gérée par l’Exécutif provisoire institué par les Accords d’Evian en 1962, et qui a mené le peuple algérien à recouvrer
sa souveraineté. Sa mission a pris fin avec la transmission de ses pouvoirs à l'Assemblée constituante au mois de septembre 1962.
L’historien Mohamed Abbes, a explicité, hier, le rôle de l’exécutif provisoire, ou ce que l’on appelait communément le Gouvernement du Rocher Noir, en raison du lieu du siège de cette instance, à Rocher noir (Boumerdes) actuellement classé monument historique. Dans   ce cabinet installé pour préparer le référendum, siégeaient  d'une part, six Algériens : Abderrahmane  Farès, président, Belaïd Abdeslam, délégué aux Affaires économiques, Chawki Mostafaï, délégué aux Affaires générales, Abderrezak Chentouf, délégué aux Affaire administratives, Boumediène Hamidou, délégué aux Affaires sociales, Mohamed Benteftifa, délégué à la Poste. D’autre part, trois Européens : Roger Roth, vice-président, Jean Mannoni, délégué aux Affaires financières et Charles Koenig, délégué aux Travaux publics. D’aucuns se demandent sur le pourquoi de la création d’une telle instance, en réponse, Mohamed Abbes dira que La décision d’installation de ce cabinet, prise lors des négociations d’Evian, en commun accord entre les deux parties, était intervenue parce que le FLN s’était opposé au fait que le gouvernement français a pour tâche la supervision du référendum, et parce que la France avait refusé la gestion de ce scrutin au  FLN et au  GPRA. C’est ainsi que le 31 mars 1962, est installé cet exécutif qui tiendra sa première réunion le 13 avril. Pour le conférencier, ce «gouvernement» devaient prendre en charge, la gestion des Affaires courantes, maintenir l’ordre public, surtout avec les attentats commis par l’OAS, et enfin préparer le référendum  du premier juillet 1962. Il fallait réduire au maximum la période transitoire, car comme dira Saad Dahlab, le but était de voir le drapeau algérien flotter dans le ciel d’une Algérie libre et indépendante après 132 ans de colonisation. Mais avant la tenue du référendum, ou le peuple algérien s’était exprimé et avait choisi de vivre dans une Algérie souveraine, le gouvernement de Boumerdes devait  faire  face aux actions terroristes de l’OAS. Pour rappel, l’Organisation armée secrète (OAS) avait répondu à l’annonce du cessez-le-feu en intensifiant son action violente , fusillade sanglante de la rue d’Isly, commise par un barrage de tirailleurs contre la foule qui manifestait, en faveur de la population de Bab el Oued le 26 mars à Alger,   assassinat des enseignants dont l’écrivain Mouloud Feraoun, attentat contre les dockers du port d’Alger, le 2 mai, incendie  criminel de la bibliothèque de la faculté centrale... mais  l’OAS, bien qu’affaiblie par plusieurs arrestations (dont   celle de son chef, le général Salan) accentua son action terroriste jusqu’en juin 1962. Le 3 juillet, la France reconnut l’indépendance de l’Algérie sous l’autorité de l’Exécutif provisoire, qui devait organiser l’élection d’une assemblée constituante. Elle aura lieu le 19 septembre 1962. 
Mohamed Abbes, dira que la Révolution algérienne avait remporté des victoires, notamment sur le plan politique, car la France, en dépit de toutes ses manœuvres, elle n’a pu mettre en place une troisième force, pour l’imposer comme interlocuteur. La Révolution de novembre avait également enregistré des victoires diplomatiques et militaires, puisque dira t-il, lors des premières négociations,  la partie française avait demandé une trêve. Plus explicite, il dira qu’il n’ y a que les perdants qui demandent une trêve. Il y a lieu de noter que la conférence historique sur le rôle du gouvernement du Rocher Noir, se voulait un hommage au moudjahid feu Abdelmalek Temmam, moudjahid de la première heure, il a été le premier directeur du quotidien El Moudjahid, né dans le feu du combat.  L’ancien ministre Larbi Demaghlatrous, rappellera la réunion qui fut tenue par des dirigeant de la Révolution afin de donner un titre au journal qui allait devenir le portevoix de la Révolution. Certains avaient trouvé au titre El Moudjahid, des connotations religieuses. A ceux là , il leur dira, «devant tant de crimes, tant de misère, tant de souffrances, il n’y a pas de luttes suffisamment saintes».
El MOUDJAHID

mercredi 5 mars 2014

Ghlamallah salue le rôle de la femme algérienne durant la guerre de libération et dans l'édification

Ghlamallah salue le rôle de la femme algérienne durant la guerre de libération et dans l'édification
Le rôle de la femme algérienne dans la glorieuse guerre de libération nationale et dans la bataille d'édification menée à travers le pays ont été mis en exergue par le ministre des Affaires religieuses et des wakfs, Bouabdallah Ghlamallah, lors du colloque international sur "le discours féminin et la culture arabo-musulmane contemporaine" ouvert mardi soir à Oran.
Dans un message du ministre lu par Mekhaldi Samira, chef du service du bureau du hadith au département ministériel, devant une cinquantaine d'universitaires d'Algérie et de six pays arabes, M. Ghlamallah qui a rappelé la place de la femme en Islam, a mis l'accent, dans sa lettre, sur l'effort de la femme algérienne dans le domaine culturel qui, a-t-il dit, "s'est avéré payant", soulignant qu'elle occupe aujourd'hui des postes importants et jouit d'un niveau universitaire.
M. Ghlamallah a cité le rôle de "mourchidate" dans les mosquées, les édifices d'enseignement et d'éducation, sur lesquels repose la préservation de l’unité nationale et de la référence religieuse algérienne.
En marge de cette rencontre, Mme Mekhaldi a indiqué que le nombre de mourchidate est de plus de 700 à travers le pays et en croissance chaque année.
Pour sa part, la présidente du comité d’organisation et scientifique du colloque, Derras Chahrazed, a expliqué que ce colloque a pour objectif de débattre comment la femme, à travers ses écrits et sa conscience sociale et civilisationnelle, est un élément important dans le projet civilisationnel et scientifique.
Elle a rappelé, dans sa communication, le combat de la femme algérienne citant des modèles de femmes algériennes qui se sont illustrées dans le champ littéraire, à l’instar de Zineb Laouedj et Zhor Ounissi.
Cette rencontre, de trois jours, offre aux participants l’occasion de débattre du concept de "la féminité dans le discours sous toutes ses formes et ses fonctions dans les cultures mondiales en général, musulmanes et algérienne en particulier" et mettront la lumière sur les combats menées par les femmes dans les domaines de la créativité intellectuelle et littéraire et du développement de la société, a-t-on indiqué.
Des chercheurs ont traité lors de la séance inaugurale de cette rencontre, initiée par le département de philosophie en collaboration avec les laboratoires "philosophie: sciences et développement en Algérie" et "dimensions de valeurs et mutations politiques en Algérie" de l'université d'Oran, de thèmes abordant, entre autres, les errements dans le concept de l’écriture féminine, la symbolique de la féminité dans la culture musulmane et les mouvements féministes en Occident.
Le programme de ce colloque comporte quatre séances où seront traitées des questions ayant trait aux mourchidate en Algérie, aux préoccupations des femmes écrivains et journalistes dans le monde arabe, aux droits de la femme dans le discours religieux et contemporain, aux contraintes culturelles de la femme entrepreneur en Algérie et aux perspectives de l'écriture féminine.
Cinq ateliers sont prévus durant cette manifestation. Ils traiteront des origines du discours féminin, de la féminité et le discours religieux contemporain, des perspectives du discours féminin dans la culture arabe, de la féminité et la mondialisation, des mouvements féminins et l’identité algérienne et du discours féminin et le développement humain en Algérie.
A l'occasion, une caravane scientifique se rendra aux centres culturels islamiques de Sidi Bel-Abbes, Ain Temouchent et Mascara pour animer des communications sur la même thématique, en plus d’une cérémonie au siège de la wilaya d’Oran en l’honneur d'un nombre de femmes.

APS

samedi 8 février 2014

Semaine culturelle des éditions Anep à Alger : Littérature et histoire à l’honneur

Zohra Drif débattra de son livre, Mémoires d'une combattante de l'ALN, lors de cette semaine culturelle.
Une semaine culturelle sera organisée du 9 au 13 février 2014 au centre Mustapha Kateb (en face de l’université Benyoucef Benkhedda, ex-fac centrale) à Alger à l’initiative des éditions Anep, Agence nationale d’édition et de publicité.  La moudjahida Zohra Drif sera la grande invitée de cette semaine pour débattre de ses mémoires (parues aux éditions Chihab), dimanche 9 février à 11h. 
Le dernier essai de Larbi Ould Khelifa, président de l’APN, sur le nouvel ordre mondial fera l’objet d’une discussion qui sera animée par les universitaires Mohamed Khoudja, Mohand Berkouk et Mohamed Lagab le lundi 10 février. Les différents auteurs, qui ont publié cette année des livres aux éditions ANEP, viendront parler de leurs œuvres. Il s’agit d’anciens ministres, de journalistes et de romanciers à l’image de Lamine Bechichi, Zhor Lounissi, Kamel Bouchama, Azzedine Mihoubi, Achour Fenni, Hamid Abdelkader, Soraya Bouamama, Othmane Lahiani, Fatiha Zamamouche, Hadjar Kouidri, Abdelrazak Boukeba et Allaoua Hadji. Tous les auteurs feront des ventes dédicaces au même endroit à partir de 13h.
L'après-midi du jeudi 13 février sera dédié à la poésie avec la présence de, entre autres, Youcef Baâloudj, Haytam Saad Zian, Rabah Drif, Brahim Seddiki et Nasserdine Hadid.  «Le Salon international du livre d’Alger ne doit pas être le seul lieu de rencontre entre le livre, l’auteur et le lecteur. Ces rencontres doivent être multipliées. D’où notre idée d’organiser cette première semaine culturelle. Nous envisageons d’autres activités à Alger et à l’intérieur du pays. J’estime que les autres maisons d’édition doivent prendre des initiatives similaires pour faire connaître davantage les auteurs qu’ils publient et promouvoir leurs livres.
Car, il existe toujours des difficultés pour distribuer les livres en Algérie», nous a déclaré Samira Guebli, directeur d’édition à l’ANEP. Mensuellement, des activités similaires seront organisées pour promouvoir les nouvelles parutions. «L’éditeur ne doit pas se contenter de publier des livres. Il doit suivre ses œuvres et accompagner les auteurs. Un pont doit être ouvert entre les écrivains et leurs lecteurs», a-t-elle ajouté. Une exposition-vente de livres est prévue à la faveur de cette semaine culturelle.

EL WATAN

vendredi 27 décembre 2013

HOUARI BOUMEDIÈNE : Un homme , une Légende vivante (revue de presse)

HOUARI BOUMEDIÈNE : Un homme , une Légende vivante (revue de presse)

                                                 Hommage à Houari Boumediéne


La mort de Boumediene

Jeudi 5 octobre 1978. Le vol régulier Alger-Moscou est prévu à 9 h 15. Les rares passagers attendent patiemment dans la salle d'embarquement quand ils voient trois limousines noires s'immobiliser devant la passerelle. L'homme qui prend place dans l'avion n'est autre que Houari Boumedienne, accompagné de Ahmed Taleb Ibrahimi, ministre et médecin. Curieusement, il n'y aura pas de cérémonie officielle pour saluer le départ du raïs. Pourquoi tant de secret autour d'un voyage présidentiel ?

Depuis son retour le 24 septembre de Syrie, où il assistait à une réunion de chefs d'État arabes, Boumedienne se plaint de maux de tête continus. La douleur est si forte que ses audiences sont limitées. Des dirigeants étrangers débarquent à Alger sans pouvoir le rencontrer. C'est le cas du vice-président du Vietnam Nguyên Huu Tho, ami de longue date du président. L'incident intrigue. Le raïs serait-il dans l'incapacité de gouverner ? Les rumeurs commencent à se répandre.
Boumedienne aurait été victime d'un empoisonnement lors de son séjour en Syrie. Le Mossad l'aurait contaminé avec le flash d'un appareil photo. L'hebdomadaire britannique Sunday Express, citant une source française, affirme qu'il a été déposé par de jeunes officiers. Boumedienne est malade, tout simplement. Les médecins détectent une hématurie, caractérisée par des traces de sang dans les urines. Malgré les soins, le mal persiste. Dès lors, on décide de l'évacuer sur Moscou. Pourquoi l'Union soviétique et non la France ou la Suisse ? Parce que les amis russes cultivent la discrétion. Le jeudi 5 octobre, Boumedienne s'envole donc vers Moscou. Son dernier voyage.
Là, le président est pris en charge par les meilleurs spécialistes, qui évoquent la maladie de Waldenström, une infection rare du sang découverte par un chercheur suédois qui lui a donné son nom. La dernière semaine du mois d'octobre, le secret est défloré : Boumedienne est officiellement malade. À Bagdad, le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, l'admet, quoique en termes diplomatiques : « Le président a éprouvé le besoin de prendre du repos, car il était complètement exténué », affirme-t-il. En URSS ? Drôle d'endroit pour prendre des vacances ! Personne n'est dupe. Les diplomates à Bagdad savent que Boumedienne est souffrant. Le 14 novembre, le quotidien El-Moudjahid annonce en une : « Le président est de retour à Alger. » Affaibli et amaigri, Boumedienne est contraint au repos. Le samedi 18 novembre, il plonge dans le coma. Du coup, l'hôpital Mustapha d'Alger est transformé en bunker alors qu'une gigantesque opération médicale internationale est mise en place. Les sommités de la médecine mondiale se rendent au chevet de l'illustre malade.
Non loin de la grande salle où se retrouvent les médecins se tiennent d'autres réunions, plus secrètes, mais tout aussi décisives. Les membres du Conseil de la révolution, instance mise en place par Boumedienne au lendemain du coup d'État contre Ben Bella en juin 1965, se concertent. Il y a là Chadli Bendjedid, commandant de la région militaire d'Oranie ; Abdellah Belhouchat, chef de la première région militaire de Blida et coordinateur du ministère de la Défense ; Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères ; et Ahmed Bencherif, ancien patron de la gendarmerie. Tous des prétendants à la succession.

Le vendredi 24 novembre, petite lueur d'espoir : le raïs émerge du coma. Il faut tout tenter pour le sauver. Quelqu'un suggère le nom de Jan Gosta Waldenström, médecin chef de l'hôpital de Malmö. Son diagnostic ne tardera pas : les chances de Boumedienne sont infimes. Mais, comme il l'avouera à un journaliste de Paris Match, « les choses peuvent tourner. La vie n'a peut-être pas encore dit son dernier mot ». Cependant, à Bouteflika, Waldenström tient le langage de la franchise : « Il n'y a rien à faire. »
Le 28 novembre, Boumedienne sombre à nouveau dans le coma. Un journaliste de Jeune Afrique écrira : « Durant quarante-huit heures, les praticiens croient encore à une possible récupération. Mais, à peine entrouvertes, les portes de l'espoir se sont refermées. » Mercredi 27 décembre 1978, Houari Boumedienne décède à 3 h 55 du matin. Il avait 46 ans. Les Algériens sont sous le choc. Ils seront des milliers à assister à son enterrement le vendredi 29 décembre, au cimetière d'Elia, près d'Alger. Habillé d'un manteau noir, Abdelaziz Bouteflika prononce l'oraison funèbre. Un signe que la succession est réglée à son profit ? Contre toute attente, Bouteflika sera disqualifié de la course à la présidence. Les militaires ont préféré Chadli Bendjedid.

Jeune Afrique article 24/12/2004



HOUARI BOUMEDIÈNE : Un homme , une Légende vivante

«Les expériences humaines dans bien des régions du monde ont démontré que les liens spirituels (...) n´ont pas pu résister aux coups de boutoir de la pauvreté et de l´ignorance pour la simple raison que les hommes ne veulent pas aller au Paradis le ventre creux. (...) Les peuples qui ont faim ont besoin de pain, les peuples ignorants de savoir, les peuples malades d´hôpitaux.» Discours de Boumediène à la Conférence des États islamiques à Lahore en 1974.

Professeur Chems Eddine Chitour

27 décembre 1978, le destin de l´Algérie bascule, une fois de plus. Le président Boumediène décède. Ce fut véritablement un choc bien que l´opinion fut préparée à cette douloureuse issue. Qui était Houari Boumediène qui fascine tant les jeunes et moins jeunes? Certains retiennent le fameux "Kararna ta´emime el mahroukate": "Nous avons décidé la nationalisation des hydrocarbures". Par cette phrase, Boumediène annonçait à la face du monde que l´Algérie tenait en main son destin énergétique. Est-ce ce leader qui, pour la première fois, à la tribune des Nations unies, militait pour un Nouvel ordre économique international plus juste, où les matières premières seraient payées à un prix juste? Mohammed Boukharouba, qui prendra le nom de Houari Boumediène, a vu le jour à Aïn Hasseïnia, près de Guelma le 23 août 1932. Né dans une famille de paysans pauvres, il symbolise par sa naissance la pluralité de l´Algérie dans sa double composante identitaire: son père était arabophone et sa mère berbérophone. Il incarnait ainsi, vraiment, l´Algérie dans sa diversité. Il a passé son enfance, en effet, parmi les fellahs dont il a conservé la rusticité.

Il avait rejoint, avance Paul Balta, à six ans, l´école primaire française. Ses parents l´avaient mis aussi, parallèlement, dans une école coranique où il apprendra, parfaitement, les soixante versets du Livre saint de l´Islam. Il est entré, peu après, à la médersa El Kittania de Constantine où l´enseignement était dispensé, totalement, en arabe. Il est certain, cependant, qu´il avait déjà contracté le goût de la lecture, en français. Il l´a, vraisemblablement, conservé toute sa vie. Certains témoins m´ont rapporté qu´il lui arrivait de réciter, mais dans un cadre restreint car il était très pudique, "La mort du loup" d´Alfred de Vigny. Au cours de nos tête-à-tête, il est advenu qu´il recourt, pour étayer son argumentation, à des ouvrages français, ceux de Jacques Berque.Il avait évoqué l´Egyptien Taha Hussein. Ses lectures étaient très éclectiques mais portaient, essentiellement, sur les chroniques d´histoire politique, les biographies d´hommes d´Etat, des recueils de poésies arabe et française. Pour ce qui concerne ses goûts musicaux, j´ai déjà évoqué sa faiblesse pour le flamenco du temps de l´état-major. J´ai appris que devenu chef de l´Etat, il écoutait, religieusement, "le concerto d´Aranjuez", réminiscence, sans doute, d´un attachement profond à l´Andalousie musulmane. Cela ne l´empêchait pas de goûter à toute la panoplie de la chanson algérienne, notamment les mélodies de Aïssa El Djarmouni voire les chansons à thème politique de Rabah Driassa sans oublier les mélopées de Cheikh Raymond. «Il est certain que Boumediène était profondément convaincu de la nécessité de rétablir la langue et la culture arabes dans leur statut souverain en Algérie. Il avait grand soin à ce que ses discours officiels soient rédigés dans la langue arabe. Par contre, il faisait preuve d´une grande ouverture d´esprit pour la culture occidentale en général dont il voulait promouvoir les rapports d´échanges avec la pensée arabe et musulmane».(1)
"Discret mais efficace, timide mais fier, réservé mais volontaire, autoritaire mais humain, généreux mais exigeant, prudent dans l´audace, voilà comment m´est apparu Boumediène lorsque j´ai eu à le connaître et à l´observer. Homme du soir, il aimait se retrouver, de temps à autre, tant qu´il était encore célibataire, avec quelques amis auprès desquels il se montrait enjoué et rieur, selon ce que m´ont affirmé plusieurs d´entre eux. Il aimait jouer, aussi, aux échecs sans être un joueur émérite. Ses goûts gastronomiques étaient sans prétention et, en fait, il avait fini par contracter l´habitude des plats servis dans l´armée. Il évitait, systématiquement, les sucreries mais raffolait des galettes de pain faites à la main. En fait, aucun luxe n´avait prise sur lui, sinon celui de fumer. Président de la République, il opte, cependant, pour les cigares cubains que lui envoyait Fidel Castro. Avec le burnous en poil de chameau, c´est le seul luxe qu´il se soit permis".(1)
"Il était animé par une profonde conviction, l´argent de l´État appartenait à la nation et ne devait pas être dilapidé. Cette conviction a guidé son comportement, de bout en bout de sa vie. Devenu président de la République, il usait toujours de son seul salaire et s´interdisait les dépenses somptuaires qu´il aurait pu facilement imputer au budget de l´État. Lorsqu´il lui arrivait de se rendre à l´étranger, il s´interdisait tout aussi bien les achats luxueux. Contrairement à certains chefs d´État d´autres pays arabes, il ne s´était pas fait construire ni un ni plusieurs palais luxueux, ni en Algérie ni à l´étranger. Sachant que je connaissais bien les pays du Golfe où j´avais effectué de nombreux reportages, il m´avait raconté qu´un des émirs lui avait offert une de ces voitures rutilantes et luxueuses qu´il avait aussitôt fait parquer dans un garage. Son chauffeur me l´avait montrée. Après sa mort, elle était toujours sur cales, inutilisée...A sa mort, ses détracteurs ont découvert, avec étonnement, qu´il ne détenait aucun patrimoine immobilier, aucune fortune personnelle et que son compte courant postal était approvisionné à hauteur, seulement, de 6000 dinars...Il était très réticent à évoquer sa vie privée. Je sais toutefois qu´il était très attaché à sa mère et lui donnait pour vivre une partie de son salaire. Des témoins m´ont néanmoins raconté qu´il s´était disputé avec elle, alors qu´elle était en vacances à Chréa, une station d´hiver proche d´Alger. Sa mère lui avait demandé, en effet, de faire exempter son frère cadet Saïd des obligations du service national. Houari Boumediène opposa un refus catégorique. Quelque temps plus tard, en effet, Saïd qui fit ses études à l´Ecole nationale polytechnique, le frère cadet accomplissait, dans des conditions très ordinaires, son service national..."(1)
"Boumediene entretenait des rapports empreints de courtoisie, pour le moins de correction, avec ses collaborateurs. Qu´il s´agisse de ministres, de conseillers, de secrétaires, de gardes du corps ou de chauffeurs, il se comportait avec une égale humeur, une grande sérénité et des gestes pondérés. Cela ne l´empêchait pas, sur le plan du travail, d´être des plus exigeants, tout comme il l´était avec lui-même. Boumediène était guidé par un souci permanent de préserver l´unité nationale - à telle enseigne qu´il avait interdit que les notices biographiques officielles des responsables comportent leur lieu de naissance- supervisait, de loin mais attentivement, cet ensemble en prenant soin de déceler, au passage, les compétences qu´il savait récupérer à son service, mais surtout en veillant à ce que le népotisme et le régionalisme ne soient pas érigés en règle au niveau des institutions et des grands corps de l´Etat. Il savait aussi se mettre à l´écoute de ses collaborateurs et pratiquait le travail en équipe. Probablement, l´usage du burnous, habit traditionnel en Algérie, comportait-il, pour lui, une signification symbolique particulière, une manière d´afficher l´identité retrouvée du peuple algérien. Le protocole demeurait, autrement, assez sobre, sans aspect ostentatoire..."(1)
"Encore une fois, l´essentiel, pour lui, était de mobiliser le peuple et d´assurer le succès du triple objectif qu´il s´était fixé, construire l´État, parfaire l´indépendance politique par la récupération des richesses nationales, poser les bases du décollage économique. Il est incontestable que vers la fin de son règne, Boumediène avait été gagné au goût de l´action diplomatique. Il voulait donner à l´Algérie une place qu´elle n´avait jamais occupée auparavant sur la scène internationale. Le Sommet des Non-Alignés de 1973 a constitué une étape fondamentale qui a servi de tremplin. L´apothéose de ce redéploiement diplomatique fut, incontestablement, la participation de Boumediène, en avril 1974, à la session spéciale de l´Assemblée générale de l´ONU où il a prononcé un discours mémorable sur le Nouvel ordre économique international." "Boumediène, sachant que l´armée, au lendemain de l´Indépendance, serait la seule force soudée et homogène, capable d´impact sur le terrain, a réussi l´intégration des wilayate au sein de la nouvelle Armée nationale populaire. Ce n´est pas si peu dire. Il a été, incontestablement, le fondateur de l´Armée algérienne, au sens moderne du terme. Il entrait, parfaitement, dans ses projets d´avenir, de remplacer les cadres hérités de la guerre de Libération nationale, par des officiers issus, soit des écoles de Cadets de la Révolution, soit des bancs de l´université puisque les portes des forces armées leur avaient été ouvertes".(1)
Ces mêmes cadets auprès de qui Boumediène venait les week-end à Koléa pour s´enquérir de l´avancement de leur scolarité. Il fut donné à l´auteur de ces lignes, enseignant en tant que sous-lieutenant dans le cadre du service national, d´apercevoir le Président s´enquérir de la scolarité de plusieurs cadets dont il était le tuteur.
S´agissant de ses relations avec la France, De Gaulle fut un visionnaire. L´homme du 18 juin 1940 avait déjà compris les motivations de celui qui deviendra l´homme du 19 Juin 1965". "Boumediène avait de l´admiration pour de Gaulle, ce visionnaire, rénovateur de la politique arabe de la France". Il a, publiquement, confirmé ce jugement dans son message de condoléances, à la mort du général en 1970: "Je m´incline devant le patriote exceptionnel qui a su concevoir, dans une vision noble et généreuse (...), l´avenir des peuples algérien et français".
"Boumediène, écrit Ali Mebroukine- qui un jugement plus nuancé-, a toujours été respectueux de la légalité révolutionnaire. On va voir qu´à travers les profondes réformes engagées sur le terrain, c´était tout un projet de société que H.Boumediène entendait mettre en oeuvre. Quelque opinion qu´on ait du bilan du président Boumediène, force est de constater que la récupération des richesses naturelles (1966 et 1971), la Révolution agraire, la démocratisation de l´enseignement donnaient un contenu concret aux principes contenus dans la proclamation du 1er Novembre 1954; autrement dit H.Boumediène n´a eu de cesse de rester fidèle à la raison d´être même du combat mené par le peuple algérien pour se libérer de la domination coloniale et accéder enfin à la dignité et au bien-être. Un an et demi avant sa mort, le président H. Boumediene remanie les structures du gouvernement, revient sur le modèle économique en vigueur, décide de mettre fin à une politique d´arabisation outrancière et démagogique (la désignation de Mostefa Lacheraf comme ministre de l´Enseignement fondamental est emblématique à cet égard), instaure un numerus clausus à minima à l´entrée de l´université pour prévenir sa clochardisation. Ces mesures annonçaient des réformes de structure plus profondes qui devaient être initiées à partir de 1979. Le président Boumediène était porteur d´un projet de transformation de la société algérienne. A cet égard, il est indéniable que le président Boumediène n´a pas pu se hisser au-dessus des clans et des factions qui étaient à l´oeuvre au sein des appareils d´Etat et qu´il n´a pu empêcher le jeu des forces centrifuges qui cherchèrent à le déstabiliser, à partir de 1977, sitôt qu´il eut exprimé sa détermination de "nettoyer les écuries d´Augias". Le président Boumediène était indéniablement un homme d´Etat auquel avait fait défaut la plus précieuse et la plus rare des ressources dont aucun bâtisseur ne peut se passer, le temps".(2)

Boumediène projetait justement des réformes qu´il n´eut pas le temps de réaliser. Paul Balta écrit: "J´avais rencontré Boumediène, fin août 1978, pour lui faire mes adieux. Il avait exprimé sa déception et vivement insisté pour que je reste: "Vous avez vécu la mise en place des institutions, il faut aller jusqu´au bout. Il va y avoir des changements importants. J´envisage pour la fin de l´année ou le début de 1979, un grand congrès du parti. Nous devons dresser le bilan, passer en revue ce qui est positif mais surtout examiner les causes de nos échecs, rectifier nos erreurs et définir les nouvelles options. Témoin de notre expérience, vous êtes le mieux placé pour juger ces évolutions."Intrigué, je lui avais posé quelques questions: "Envisagez-vous d´ouvrir la porte au multipartisme? D´accorder plus de place au secteur privé? De libéraliser la presse? De faciliter l´organisation du mouvement associatif?" Il avait esquissé un sourire qui allait dans le sens d´une approbation: "Vous êtes le premier à qui j´en parle, je ne peux être plus explicite pour le moment, mais faites-moi confiance, vous ne serez pas déçu" ".(1) Le temps lui a manqué
Curieusement, après la mort de Boumediène, il s´est produit une déboumédienisation rampante et les mêmes laudateurs de la période précédente devinrent des Fouquier-Tinville en puissance. Tout fut démonté, au propre comme au figuré. Curieusement aussi, le personnage de Boumediène n´a jamais fait l´objet d´une étude de son action. A tous les détracteurs, qu´il suffise de retenir les données objectives suivantes: de 1965 à 1978, date de la mort de Boumediène. l´Algérie a engrangé, en 13 années, l´équivalent de 22 milliards de dollars. Ce qui a permis d´asseoir une industrie chimique, une industrie mécanique, une industrie sidérurgique. 30 ans après, il ne nous reste que l´outil de raffinage (22,5 millions de tonnes) et pétrochimique. Nous sommes bien contents de l´avoir car, depuis, nous n´avons pratiquement rien investi dans l´aval. Tout a été investi dans l´amont pour rendre plus facilement exportables les hydrocarbures liquides et gazeux et être des bons élèves de l´Occident au détriment de nos obligations vis-à-vis des générations futures. Depuis 1979, l´Algérie a engrangé près de 400 milliards de dollars dont 59 milliards de dollars pour la seule année 2007. Qu´avons-nous fait qui marque effectivement la période. Il semblrait que l'Algérie dispose d'un matelas de 100 milliards de dollars qui fondent comme neie au soleil du fait de la détérioration du dollar. le taux e chomge est elevé, il y a de plus ne plusde "Harragas" tentés par l'aventure de l'émigration. Naturellement, la France des droits de l'homme ne gardera que ceuxet celles qui sont utiles, les autres seront chartérisés . Il eutmieux valu au moins garder ces dollars au fonss des puits à défaut de doner un avenir aux Jeunes, préservons au moins la part des générations à venir.
Au vue d cette "installation dans les temps morts" depuis près de trente ans, Il est donc malvenu, objectivement, de nier ce qui a été accompli par le président Boumediène. Naturellement et comme tout homme, Boumediène avait sa part d´ombre et avait fait des erreurs, dit-on, dans l´agriculture, il n´empêche que ses idées étaient généreuses et il ne profita pas de sa position pour s´enrichir. Pour avoir donné des motifs de fierté aux Algériennes et Algériens. Pour avoir entretenu l´aura de la Révolution algérienne contre vents et marées. Pour avoir simplement fait son devoir, il quitte l´histoire, il entre dans la légende. L´Algérie a plus que jamais soif d´Algériens de sa trempe pour lui redonner espoir .

Professeur Chems Eddine Chitour le Vendredi 28 Décembre 2007    

      * Ecole nationale polytechnique
* Ecole d´ingénieurs de Toulouse

 

 
Boumediène - Quelques discours.